dimanche 8 février 2026

Intermède


La lumière perce encore, entre les nuages, fragile et têtue, tout cela à la fois. 

Des nuages rosés, des nuages sombres. Ma vie ressemble à ce ciel en ce moment : un mélange des deux, où je navigue tant bien que mal. Les mots attendent, quelque part dans les replis du temps mais ils ne sont pas encore prêts à redescendre sur la page.

Merci d'être là, dans cette patience qui, je l'espère, ne vous pèse pas. Merci d'attendre sans compter les jours. Je reviendrai quand j'aurai retrouvé mon souffle, mon élan, cette légèreté qui permet aux histoires de naître.

D'ici là, prenez soin de vous. Et merci à celles et ceux qui ont laissé un message sur le billet précédent. 

A bientôt!

Dédé 

Dédé@Février 2026


lundi 5 janvier 2026

Humanité

"J’ai mal à mon humanité. C’est pour elle que j’écris ces mots."


J'avais photographié ce matin-là 31 décembre 2025, avec l'intention d'y puiser mes vœux pour l'année nouvelle et pour vous. J'avais imaginé mon texte. Le brouillard noyait la plaine tandis que les sommets s'illuminaient au soleil levant. Cette image devait porter mes espoirs : même lorsque tout s'engloutit dans la grisaille, la lumière persiste là-haut, inébranlable. Je voulais vous dire que nous finirions par émerger des brumes, que la beauté de notre monde nous attendrait toujours et que l'année 2026 était finalement porteuse de belles espérances.

Puis le premier janvier s'est déchiré dans la nuit. À une heure trente du matin, quarante personnes, des jeunes voire de très jeunes, se sont éteintes dans les flammes. Quarante vies arrachées dans un bar souterrain où résonnaient encore les rires du réveillon. Sans compter les nombreux blessés. Des adolescents piégés dans un brasier sans issue. Aujourd'hui, Crans-Montana, le Valais, la Suisse et le monde pleurent ses enfants.

Ma région saigne et je saigne avec elle. Nous sommes tous meurtris, touchés de près ou de loin par cette tragédie qui nous arrache le souffle et nous fait, à notre tour, suffoquer de douleur et d'incompréhension. 

Et pendant que certains font leur travail en silence, portent les corps, soignent les grands brûlés, consolent les familles dévastées, ouvrent leurs maisons et leurs bras aux proches venus identifier leurs enfants, d'autres déversent leur fiel sur les réseaux sociaux. Les experts en tout se déchaînent: experts en sécurité incendie, en responsabilité parentale, en normes de construction, en éducation défaillante. Les mêmes sans doute qui nous expliquaient le COVID hier, mélangent aujourd'hui politique, sécurité, morale et construction dans un brouet infâme où tout se vaut et où chacun détient sa vérité. Chacun y va de son commentaire, de sa sentence définitive. L'ignominie court plus vite que le deuil.

Les médias poubelles, BFMTV en tête et d'autres chaînes d'information en continu, ont harcelé les passants près des mémoriaux improvisés, avides de larmes à filmer, de sanglots à diffuser en boucle. Sur les écrans, la curée se dispute nos morts encore chauds.

La liberté d'expression est un pilier de nos démocraties, et je la défendrai toujours. Mais elle n'autorise pas à juger pendant que d'autres font le travail. Les autorités suisses accomplissent un travail important pour établir la vérité : la procureure générale et le ministère public, les enquêteurs, les secouristes. Laissons-les faire. La liberté d'expression s'accompagne d'une responsabilité : respecter le temps du deuil, de l'enquête et ne pas transformer chaque tragédie en arène pour nos opinions. Une démocratie vivante, c'est aussi savoir se taire quand la dignité l'exige.

Voilà où nous en sommes. Une espèce capable du meilleur et du pire, souvent simultanément. Capable de se surpasser pour sauver des vies et tout aussi capable de piétiner la dignité des mourants et des familles endeuillées pour vendre du papier, collecter des likes et assouvir un audimat vorace. Insatiable de tragédies à commenter depuis son canapé.

Au-delà de nos frontières, des messages, des pensées, des gestes de solidarité sont pourtant arrivés. Parce que la perte d'enfants, la violence absurde, le deuil collectif parlent une langue universelle. Dans ces élans venus d'ailleurs, je veux croire que subsiste quelque chose de plus grand que nos replis, nos écrans et nos jugements : une humanité capable de reconnaître la douleur de l'autre, où qu'elle frappe.

Ma photo d'espoir s'est éteinte dans cette nuit du premier janvier. Le brouillard a tout avalé. Cette année débute dans l'effroi et la colère, dans le dégoût aussi devant tant de bêtise crasse déversée sur la douleur.

Le 9 janvier, la Suisse observera une journée de deuil national. Le pays entier s'arrêtera pour pleurer ses enfants. Et peut-être que ma colère et ma tristesse infinie pourront enfin s'apaiser. Et peut-être aussi que ce jour-là, les experts de tout et de rien se tairont.

Aujourd'hui, je ne sais plus quoi nous souhaiter, sinon d'habiter notre humanité avec bienveillance, respect et dignité. Du courage pour ceux qui vivent ce cauchemar. De la décence pour tous les autres. Et peut-être, au fond de cette nuit, la promesse fragile que nous saurons encore distinguer ce qui compte vraiment : le silence de ceux qui agissent face au vacarme de ceux qui jugent.

Dans toutes ces ténèbres, j'espère qu'une lueur subsistera pour consoler les éplorés. Une clarté fragile mais tenace, celle qui naît des mains tendues, des présences silencieuses, de toutes ces petites lumières humaines qui refusent de s'éteindre. C'est pour cela que je garde cette image ensoleillée pour ouvrir mon année 2026, notre année 2026. Qu'elle soit porteuse d'humanité. 

Merci.




Dédé@Janvier 2026