vendredi 13 septembre 2019

La maison blanche


C’était une maison blanche accrochée à la falaise, seule face à l’océan. Elle contemplait de ses quatre murs la ligne d’horizon, au-delà des vagues qui s’écrasaient en contrebas.  Longtemps, je l’ai regardée, arrêtée sur le petit chemin qui y menait tout droit. N’osant pas m’approcher, je suis restée à distance respectueuse, laissant mon imagination vagabonder tout autour, puis pénétrer silencieusement à l’intérieur.

Dans un grand salon meublé avec goût, une dame d’un âge plus que respectable somnolait dans son fauteuil à bascules, une tasse de thé fumant déposé auprès d’elle sur une table basse. Les innombrables rides qui couraient sur la peau de son visage contaient une existence remplie de bonheurs et de chagrins mais aujourd’hui, une sorte de sérénité dessinait un petit sourire au milieu du visage assoupi.  Sur une assiette de porcelaine délicate trônaient quelques scones encore chauds, qu’elle avait sortis du four pour le goûter de l’après-midi. La cérémonie du thé, dans ces contrées balayées par les tempêtes en toutes saisons, était immuable, ancrée dans le temps, même si la vieille dame n’avait personne aujourd’hui avec qui partager ce moment.

Dans cette pièce baignée par une douce lumière, chaque bibelot trouvait sa place et racontait une histoire particulière, celle de voyages lointains dans des terres inconnues. Sur les photos qui bordaient la cheminée, on voyait un couple, jeune ou plus âgé, posant dans des lieux à chaque fois enchanteurs. La femme, dont les traits rappelaient ceux de la vieille dame endormie, tenait souvent la main de l’homme qui était auprès d’elle et dans leurs yeux se lisait toute la tendresse d’une union harmonieuse. Le photographe avait su saisir ces instants de bonheur, les immortalisant à jamais. Et aujourd’hui, les images égayaient encore les souvenirs et le cœur de l’hôtesse des lieux.

Du côté est de la maison, celui que je ne voyais pas, un jardin minuscule se prélassait dans le vrombissement des insectes, ses petites allées remplies d’hortensias d’un mauve délicat dont le parfum subtil s’envolait par-delà l’océan.

J’imaginais la maison lorsque les tempêtes rugissaient et que l’océan grondait sa fureur de vivre. La vieille dame devait rajouter des bûches dans l’âtre tout au long de la journée afin de lutter contre le froid s’invitant de manière impolie jusque sous les épais tapis. Trottinant dans la maisonnée pour calfeutrer les fenêtres, elle recouvrait ses frêles épaules frissonnantes d’un plaid coloré qu’elle avait tricoté il y a bien longtemps, lors des longues soirées qu’elle passait assise dans son grand fauteuil, regardant tendrement son homme lisant son journal tout près de l’altière cheminée.

Mais aujourd’hui, elle était seule dans cette trop grande demeure qui résonnait de mille bruits furtifs et les massifs de fleurs à l’extérieur pleuraient silencieusement le départ subi il y a quelques mois de celui qui les avait tant aimés pendant toutes ces années. Et dans ce temps qui se transformait en éternité, la pendule ancestrale n’osait presque plus égrener les heures.

J’aurais voulu frapper à la lourde porte, entrer et prendre la main de la vieille dame, lui conter la brise sur la côte, la course des nuages dans le ciel et cette tempête qui arrivait de l’ouest. Elle m’aurait alors souri en racontant la douce existence qui avait été la sienne avec son homme, lorsque les invités se groupaient dans le jardin et qu’une musique légère faisait danser les couples dans les allées fleuries.

Au lieu de cela, je me suis attardée sur le chemin, immobile dans le vent, serrant contre mon cœur une minuscule fleur que je venais de cueillir sur le bord du chemin côtier.

C’est ce jour-là que la petite dame de la maison blanche a quitté ce monde, alors que le ciel immense enveloppait toute la côte. Peut-être que si j’avais osé frapper, elle se serait réveillée pour raconter ses voyages extraordinaires ici et là-bas et m’aurait souri de toutes ses rides profondes.

Il y a tant à dire de toute une vie. Et pourtant la pendule dans le salon s’est tue à jamais dans un silence religieux
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Dédé © Septembre 2019

vendredi 30 août 2019

Terre de légendes

 Cornouailles, Angleterre

Il y a eu ce vent, parfois simple brise, d’autres fois tempête. Il nous faisait vaciller sur les chemins côtiers, charriant de sombres nuages gonflés de pluie qui prenaient un malin plaisir à déverser leur chagrin céleste juste au-dessus de nous, nous laissant complètement transis. Il y a eu aussi ce soleil espiègle, jouant avec nos nerfs à longueur de temps. Parfois, il se cachait durant de longues heures, laissant alors le froid et la brume s’installer sur les hauts plateaux habités seulement par les moutons, les vaches et les chevaux fougueux. Puis il réapparaissait goguenard, chassant à coups de rayons joyeux les dernières pluies.

Dans cette campagne verdoyante, jalonnée de champs, parsemée de grandes demeures entourées de jardins luxuriants dignes d’un tableau de Nicolas Poussin, surgissaient de petites cités, sous la protection bienveillante des flèches gothiques surmontant de somptueuses cathédrales. L’émotion était grande de contempler ces pierres usées par le temps, pourtant toujours debout, distillant des litanies de paix jusqu’au tréfonds de la campagne. Dans les nefs majestueuses résonnaient des chœurs virtuoses, emportant nos esprits trop rationnels dans des mélodies célestes. Les cloîtres, silencieux, déroulaient leurs fastueuses colonnades, dans un jeu subtil d’ombres et de lumières dans lequel on croyait encore entendre les pieuses déambulations des moines des temps jadis. Une bible enluminée, à l’abri du temps, dévoilait avec pudeur les fastes de ses écritures, source d’émerveillement artistique et spirituel pour tous ceux qui prenaient le temps de se pencher sur ses pages. Et pour compléter ce tableau mystique, la légende du Roi Arthur imprégnait encore les ruines d’une abbaye, murmurant à qui voulait bien les entendre les exploits du preux chevalier et de son épée Excalibur.

Mais ces pierres-là, celles des cathédrales, des abbayes, des églises, des châteaux et des vastes domaines, même si elles étaient d’un âge plus que respectable, n’étaient pourtant pas aussi vieilles que ces mystérieux mégalithes surgis de nulle part, au bout d’une route traversant une plaine un peu monotone. Quelle exaltation de découvrir enfin, après l’avoir tant rêvé, ce mystérieux cercle de pierres géantes dressées vers le ciel. Observatoire astronomique, sanctuaire voué au culte du soleil, lieu cérémonial où on célébrait le changement des saisons, les menhirs jouant les équilibristes depuis la nuit des temps regardaient silencieusement les visiteurs émerveillés venus du monde entier, semblant presque se moquer d’eux en gardant jalousement dans leurs entrailles tous leurs secrets. 

Dans cette terre chargée d’histoires et de légendes, un bout de mon cœur est resté accroché tout au bord de ces falaises blanches ou noires, plongeant dans l’océan. Les chemins (South West Coast Path) nous ont conduit là où la terre s’arrêtait et où commençait le monde de l’océan, qui avec ses marées faisait chavirer chaque jour le cœur des bateaux de pêcheurs lovés dans de ravissants petits ports. Sur ces plages de sable blanc où dès que le soleil dardait un minuscule rayon, les estivants enfilaient prestement leurs combinaisons pour goûter les bienfaits de la baignade, transformant ces côtes en un tableau bigarré où retentissaient les rires joyeux des enfants.

L’océan et ses parfums entêtants m’ont transportée vers un ailleurs insoupçonné, bien différent des chemins rocailleux que je parcoure dans mes Alpes. Mais c’est grâce à un cheval blanc que je suis véritablement entrée dans le pays des rêves. L’animal, dans sa robe étincelante, paissait tranquillement mais à mon approche, il a levé la tête, s’ébrouant avec lenteur. Puis il m’a conté dans une langue inconnue combien la vie est belle pour peu que l’on sache écouter le chant du vent soufflant sur les hauts plateaux et bruissant dans l’écume des vagues. Il m’a parlé des marées magiques qui inlassablement épousent les plages de sable blanc puis les délaissent et des landes désolées dans lesquelles les moutons sont rois. Il m’a aussi murmuré la joie des enfants batifolant avec leurs chiens dans la houle de l’océan et les bienfaits des averses soudaines sur les côtes déchiquetées. Puis, avec un clin d’œil, il m’a rappelé le goût d’une bière bien fraîche dans un de ces pubs typiques, où malgré la brume et la bruine balayant le port au-dehors, les habitants savent encore rire et échanger dans une allègre fraternité. Se retournant enfin, il t’a désigné de la tête en hennissant, m’encourageant à te suivre au bout du monde, sur ces sentiers qui mènent au paradis.

Et comme souvent dans ce voyage, il a disparu soudainement, happé par un rideau de pluie. Tu m’as alors saisi la main et nous avons repris notre chemin, dans le déferlement des éléments naturels. A ce moment-là, le ciel et l’océan ont pris, l’espace d’un instant, la couleur de tes yeux.  Et je m’y suis noyée.


Parc national du Dartmoor, Angleterre


Dédé © Août 2019

vendredi 21 juin 2019

Solennité


Abbaye de Vezzolano, Italie



La petite abbaye reposait dans son écrin de verdure chatoyant. Paisible, endormie là depuis des siècles, elle ne se réveillait de sa torpeur que quand les chants des fidèles retentissaient entre ses quatre murs de pierres.

Nous nous sommes approchés doucement, conscients que les mots étaient inutiles face à la beauté de l’édifice et qu’un silence respectueux du poids des ans et de la solennité des lieux s’imposait de lui-même.

Les oiseaux chantaient dans les bosquets aux alentours et le jardinier susurrait des mots amoureux aux roses parfumant toute l’allée menant au cloître.   

La douce quiétude qui m’envahit à ce moment-là, quand un groupe de pèlerins entonna à pleine voix un chant d’action de grâce, m’émeut encore aujourd’hui. Ce jour de l’Ascension, dans la campagne italienne, il n’y avait que ferveur et respect et même le merle qui psalmodiait quelques litanies dont lui seul connaissait la mélodie fut submergé par la ferveur du chant liturgique.

Là-bas, en arrière-fond de ce paysage baigné par la lumière du milieu du jour, les Alpes encore enneigées se sont mises en prière, mains jointes dans la blancheur tardive de ce printemps. Dans cet élan mystique, une cloche teinta et le souffle du vent emporta autour du monde des notes de paix. Jetant alors un dernier regard à la lourde porte qui retenait l’esprit des lieux, nous sommes repartis main dans la main, emplis d’une tendre harmonie.

Il y a des moments tel que celui-là où le mystère et la grâce jaillissent des pierres séculaires, gardiennes d’un joyau posé délicatement dans le sein protecteur de la terre.



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C'est avec ce billet que je vous laisse pendant quelques temps. Une pause s'impose dans le rythme de mes publications mais je viendrai vous voir de temps en temps avant de revenir ici. Bel été à toutes et tous et prenez soin de vous. 


Dédé © Juin 2019

vendredi 7 juin 2019

100ème




Il était une fois Dédé qui avait envie d’écrire et de photographier le monde, en noir et blanc ou en couleurs. Partout où elle passait, elle inventait des histoires et admirait les paysages. Montagnarde, elle aimait les sommets enneigés mais ne boudait pas la mer ou l’océan, les grandes plaines monotones, la tourbe odorante, les fleurs de janvier, les grandes forêts magiques et leurs lutins facétieux, les lacs sauvages, les vieux châteaux et abbayes oubliées, les petits villages et les grandes cités chargées d’histoire. Du Nord au Sud, d’Est en Ouest, elle cheminait, inlassablement, à chaque saison, curieuse et amoureuse.

C’est aujourd’hui le 100ème billet pour ce blog qui ne serait rien sans vous. Pour vous remercier, je vous offre cette photo.

Prise en automne 2017, elle est de ces photos qu’il ne faut pas manquer. Ce soir-là, le peintre céleste était particulièrement inspiré pour illuminer ainsi les sommets et le ciel avant la tombée de la nuit. Aucun artifice, c’est ainsi que le paysage s’est présenté l’espace de quelques minutes.

Et pour terminer, il est temps pour vous de travailler un peu. Je vous invite donc à compléter cette petite phrase toute simple : « Quand je viens rendre visite à Dédé, je… » Je me ferai un plaisir de célébrer ainsi avec vous ce 100ème billet.



Merci et bises alpines à chacune et chacun de vous.



Dédé © Juin 2019

vendredi 24 mai 2019

Pour l'éternité

Abbaye de Kylemore (cliquer sur le lien), construite en 1865 par Mitchell Henry par amour pour son épouse Margaret, Connemara, Irlande



Cette nuit-là, j’aspire à trouver le sommeil, en vain. Je suis obsédée, poursuivie par l’incertitude : dans quelle direction aller, quelle décision prendre ? Rongée par ces questions, aucune réponse ne s’impose. A l’extérieur, le rideau de pluie poursuit son étirement et brouille peu à peu mes pensées, les enveloppant dans un tulle brumeux. Je ne sais plus qui je suis, où j’en suis.

Le murmure d’un lac, caressé par les gouttes célestes, enfle autour de moi. J’entends le vent soufflant dans les arbres qui ondulent en arrière-plan. Je me tiens accroupie sur le sol, tous les sens en éveil. Et soudain, dans un grand battement, je déploie mes ailes et m’élève dans un ciel d’ouate grise. Je vole en rase-mottes au-dessus des flots rugueux de la nappe cristalline, avec des vagues en pâte de verre, très bas et très vite, à la manière d’un grand oiseau. Puis, je me laisse porter par les courants ascendants, naviguant par-delà des lointains monochromes. Parfois, la lumière transperce les masses obscures des nuages et je plane au-dessus du paysage, l’œil vif, l’esprit aux aguets.

Tout en bas, une silhouette avance, laissant derrière elle des traces de pas car le sol qu’elle foule est détrempé par la pluie. Il me semble la reconnaître, presque luminescente dans cette sombre atmosphère, chahutée par les éléments en fureur. Elle chemine, le pas régulier et précis malgré les aspérités du terrain. Veillant à ce que mes ailes ne bruissent pas pour qu’elle ne prenne pas peur et ne disparaisse subitement, je me voile dans une parure de discrétion. 

Aveuglée par une lumière soudaine qui m’oblige à redescendre sur terre, je me pose doucement. Tu te retournes et je te reconnais enfin. Me tendant la main, tu me souris simplement et nous partons ensemble, au-delà de nous-mêmes, loin de tous les autres.

Durant cette traversée, les regrets, l’irrévocabilité, la fugacité, la tristesse et les chagrins s’éloignent sous des ciels tour à tour orageux ou débordant de soleil, comme une allégorie de la vie qui défile. Mais ce n’est pas un temps qui s’enfuit, comme perdu, plein de vide et de non-sens, nous rendant tristes parce qu’il est passé mais bien une marche vers un avenir empli d’espoirs opalescents, où tout devient vaste et possible. Il ne s’agit plus d’insignifiantes petites joies et de plaisirs fugitifs, comme lorsqu’on se désaltère à une source vive par une chaleur suffocante et poussiéreuse. Il s’agit plutôt de choses que l’on souhaite vivre et faire vivre parce qu’elles seules permettront à notre vie, cette existence si particulière, de former un tout et parce que sans elles, cette vie resterait incomplète, comme un tableau inachevé ou un simple fragment.

Dans cette pluie qui prend la teinte du soleil et dans cet astre qui resplendit de mille gouttelettes translucides, je comprends enfin qui tu es et qui je suis pour toi. 

Ton cœur est comme un château, une bâtisse qui m’accueille sans jugement, sans paroles inutiles mais avec les mots essentiels. Et l’évidence s’impose, toi qui me construis chaque jour un nouveau palais, dont les salles d’or resplendissent et où résonnent la mélodie du bonheur. A cet instant où cette certitude jaillit, agonise alors la colère sourde qui m’envahit parfois et qui joue pour moi seule un drame muet dans lequel les personnages principaux ne sont que des ombres.

Le soleil resplendira même au jour des grandes pluies, pour l’éternité.

 Dédé © Mai 2019

vendredi 10 mai 2019

Ici et là-bas



En ce début du mois de mai, alors que le soleil aurait dû briller plus généreusement et la nature se réveiller doucement, la neige tombait, inlassablement, moqueuse et riante devant nos mines déconfites.

Dans la folie des éléments, dans cet hiver qui n’en finissait pas, je me suis rappelé les nuages sombres qui s’étaient amassés en quelques minutes seulement au-dessus du Connemara, en plein mois d’août.  Là-bas aussi, la nature semblait défier toutes nos envies et n’en faire qu’à sa tête, indifférente à nos souhaits de lumière et de chaleur.

Soudain, j’ai eu envie de retourner dans ces contrées balayées par les vents, souvent oubliées du printemps et de l’été mais dans lesquelles la terre raconte encore des légendes de géants et de fées. L’odeur de la tourbe m’est revenue en mémoire, m’ancrant dans une réalité bien différente de celle qui dansait devant ma fenêtre. Et dans les tourbillons des joyeux flocons, j’ai senti le souffle du vent venu du large et balayant la lande désolée et j’ai été transportée là-bas, bien loin d’ici. La ballerine vêtue d’un blanc immaculé virevoltant au-dehors s’est transformée alors en une charmante danseuse tournoyant au son d’une flûte irlandaise.

Il ne manquait plus à ce tableau dans lequel les éléments naturels s’entrechoquaient qu’un verre de Connemara Turf Mor pour me réchauffer le cœur. 


Dédé © Mai 2019

vendredi 26 avril 2019

Néant



Dans un crissement de freins qui avait réveillé nombre de voyageurs assoupis, le train s’était arrêté dans une gare qui semblait totalement désaffectée. L’heure indiquée sur l’horloge ne correspondait pas à la réalité, personne n’attendait sur le quai et une petite remorque semblait avoir été oubliée là depuis des lustres, seule et abandonnée sous la pluie battante.

Du bâtiment gris et sombre se dégageait une impression de tristesse infinie et l’orage qui venait de s’abattre sur la région ne faisait que renforcer cette atmosphère lugubre. L’eau ruisselait sur la vitre et à travers les traînées de pluie, je tentais vainement d’apercevoir une note vivante dans ce tableau amorphe. Mais rien ne bougea, comme si le temps s’était arrêté à l’heure indiquée sur la grosse pendule immobile.

Personne d’autre que moi dans le convoi ne semblait s’intéresser à ce qui se passait à l’extérieur et la petite gare resta seule sous la pluie qui redoublait d’intensité.  Lentement, le train reprit sa route dans un crissement aigu, rapidement suivi par le roulis régulier des roues sur les rails.

Pourquoi donc le train avait arrêté sa course dans un tel endroit ? Pourquoi personne n’était descendu et aucun voyageur n’avait rejoint le convoi ? Engoncée dans mes pensées et les yeux prisonniers des figures que la pluie dessinait sur les vitres, je ne vis pas tout de suite que le convoi s’était vidé de ses voyageurs alors qu’il continuait pourtant sa course monotone, sans aucun arrêt. Mais soudain, l’angoisse m’étreignit quand je me rendis compte que j’étais seule, irrémédiablement seule et que les autres personnes s’étaient comme volatilisées sans laisser de traces, même pas une valise oubliée sur un porte-bagage.

La réalité s’imposa peu à peu à mon esprit, effrayante, glaçante. J’étais à présent seule dans un train fantôme et je ne savais pas où il me menait.


 

Elle n’atteignit jamais sa destination. Le train avait disparu dans le tunnel et n’avait pas réapparu à l’autre bout. D’ailleurs, les horaires n’avaient jamais mentionné ce convoi.  La jeune femme s’était évanouie dans le néant, comme aspirée dans une autre dimension.



Dédé © Avril 2019