mercredi 8 avril 2020

Bluette contre le COVID 19 (épisode 7)

Bas les masques!



Regarder cette petite vidéo explicative avant de lire le texte: 

 


« Lorsque je suis arrivée chez Dédé, j’ai eu très peur en voyant cette figure hirsute accrochée au mur. Pendant plusieurs jours, je n’ai pas osé la regarder franchement, de peur de me faire dévorer vivante par cette tête qui n’avait pas du tout l’air commode. De plus en plus inquiète par rapport à mes chances de survie si je tentais une approche même discrète, j’ai alors demandé à Dédé en tremblant jusqu’au bout de mes cornes, ce qu’il en était de cette décoration que je considérais comme presque maléfique.

Dédé m’a expliqué, en tentant maladroitement de me rassurer, que ce masque en bois était emblématique de la vallée du Löschental et que toutes les années durant le Carnaval, les Tschäggättä, portant des masques difformes semblables à celui-ci et revêtus de peaux de bête, déferlaient dans les rues des villages pour faire peur aux passants en sonnant parfois de grosses cloches.

Peu rassurée face à l’expression sauvage et la coupe de cheveux plus qu’ébouriffée du personnage, je n’ai rien osé dire de plus.  Je me suis gratté les cornes et j’ai ruminé longuement. Et à la fin de la journée, une brillante idée s’est imposée soudainement dans mon esprit. J’ai couru de toute la vigueur de mes pattes musclées vers Dédé pour lui exposer ma réflexion.

Cela fait quelques semaines que les humains entendent parler de masques de protection contre le coronabidule, et bien en voilà un qui pourrait particulièrement faire l’affaire ! En effet, si Dédé se transforme en Tschäggättä, le virus en aura tellement peur qu’il ne pourra que s’enfuir à toutes jambes en hurlant. Et si tous les Tschäggättä du monde se donnaient la main, ce serait définitivement la fin de cette triste pandémie.

Prenez soin de vous ! »


Dédé © Avril 2020

samedi 4 avril 2020

Bluette contre le COVID 19 (épisode 6)

Bluette rêve en italien



Petite animation musicale, le chant des résistants italiens, repris par les Choeurs de l'armée rouge.


Depuis le début de cette crise du coronavirus, Dédé pense particulièrement à l’Italie qu’elle aime tellement et qui souffre infiniment. (comme nombre de pays d’ailleurs) Elle regarde avec nostalgie ses photos, pense à ses lointaines racines et se demande comment vont tous les gens qu’elle a rencontrés ici ou là durant ses escapades de l’autre côté de la frontière suisse.

Alors, pour faire revivre toutes les beautés de la péninsule, elle m’a conté la magie de la Méditerranée à Rapallo un jour de grand soleil, les ruelles bordées de palais à Gênes, la majesté du Monviso et des Dolomites, les arcades marchandes de Turin, les sublissimes Florence et Rome, la côte amalfitaine et ses villas somptueuses perchées au sommet des falaises, les jardins luxuriants des maisons de maître, les châteaux altiers de la vallée d’Aoste et d’ailleurs, les senteurs des citronniers en Sicile et toutes les petites églises dans lesquelles elle est entrée pour s’imprégner avec ferveur des trésors cachés que celles-ci ne dévoilaient qu’avec pudeur. Mon esprit s’est perdu avec elle au sommet de l’Etna et du Stromboli, j’ai trempé mes sabots dans l’eau turquoise bordant les Cinque Terre, je me suis perdue dans les ruelles pentues de la sicilienne Ragusa, j’ai écouté le silence pesant de Pompéi et pour finir, je me suis arrêtée sur une colline, dans le vignoble près d’Alba, afin de contempler le petit village endormi sous les doux rayons du soleil du mois de mai. Nous avons alors trinqué à nos amis italiens si durement touchés et le Barolo s’est répandu avec bonheur au plus profond de notre cœur alors que les chefs-d’œuvre de Raffaelo défilaient sous nos yeux émerveillés et que le génie de Leonardo explosait en mille paillettes.

Un jour, Dédé retournera là-bas, contempler le soleil couchant sur le lac Majeur où peut-être il neigera comme dans la chanson. Elle prendra la main de son amoureux avec émotion, ravie de rajouter à nouveau à son catalogue de souvenirs italiens les flots tranquilles du lac assoupi au pied des cimes alpines.

Forza Italia ! Forza et coraggio per tutti !

Prenez soin de vous ! »


Vignobles près d'Alba, Piémont, Italie

Dédé © Avril 2020

mardi 31 mars 2020

Bluette contre le COVID 19 (épisode 5)

Bluette pousse la chansonnette





« Il est un chant en l’honneur des vaches, un chant que tout Suisse qui l’entend, ne peut s’empêcher de ressentir des frissons d’émotion. C’est « Le Ranz des vaches », chanté habituellement en patois fribourgeois pendant la montée des troupeaux à l’alpage, au début de l’été.

Il fait partie du patrimoine musical traditionnel suisse et encore aujourd’hui, dans de nombreuses fêtes, vous pourrez entendre une personne l’entonner et le reste de l’assemblée reprendre avec ferveur le fameux « Lioba ». (Vous pouvez aussi le reprendre chez vous à la maison, avec vos voisins, sur vos balcons).

Aujourd’hui, avec Dédé, on vous propose une des plus belles versions de ce chant interprété magistralement par Bernard Romanens, lors de la Fête des vignerons de 1977 à Vevey. Même si la prise de son peut laisser à désirer, elle retranscrit l’émotion de tout un peuple pour ses traditions paysannes. Et la voix de Bernard Romanens s’engouffre dans toute l’arène, pour s’élever plus haut que les montagnes et atteindre les voûtes célestes pour y rester à jamais.

Quand elle l’écoute, Dédé est très souvent émue aux larmes. Et aujourd’hui, il en est de même pour moi.  En effet, quand est-ce que je retournerai à l’alpage, sentir la caresse du vent sur mes flancs soyeux et brouter les délicates prairies gorgées de soleil alpin ? Bientôt, je l’espère ardemment. Et je vous conterai alors la magnificence des boutons d'or, comme des petits boules de soleil tombées dans les prés et la grandeur des sommets que je ne me lasserai jamais d'admirer. 


Prenez soin de vous!"



Dédé © Mars 2020

vendredi 27 mars 2020

Bluette contre le COVID 19 (épisode 4)



Bluette mène le bal






« Dédé m’a raconté qu’en France, un couple s’était fait verbaliser parce qu’il se promenait avec son… lapin en laisse. Montant de l’amende : 135 euros.

En période de confinement, on aura donc tout vu. Ici chez Dédé, je ne me promène pas avec un lapin au bout d’une laisse. Non, avec Jeannot, je danse, de la danse de salon parce que c’est mieux en cette période de rester à l’intérieur.

Alors, dansez chez vous aussi. Poussez un peu les tables et les chaises et laissez-vous emporter par la musique, celle de l’espoir.

Une, deux, trois. Hop, on y va. Et pour celles et ceux qui ne savent pas danser ou qui ne le peuvent pas, on peut aussi faire danser son cœur et son âme, pour ne pas se laisser envahir par les trop tristes pensées. Et on écoute le grand Strauss (fils) en tapant du pied, en s’imaginant dans une belle forêt autrichienne dans laquelle les oiseaux sautillent en rythme sur les branches, où les écureuils roulent gaiment leurs noisettes et où la biche gracieuse virevolte entre les arbres. Et si vous levez les yeux, le soleil gambadant sur les nuages vous fera un clin d’œil.

Prenez soin de vous ! »


Dédé © Mars 2020

mardi 24 mars 2020

Bluette contre le COVID 19 (épisode 3)

Bluette et ses chatons





« Bonjour à toutes et tous.

En Suisse, le confinement strict n’est pas de mise ou en tous les cas, pas encore.  Ce qui fait que Dédé peut encore aller (un peu) marcher dans la nature. De retour de balade, elle m’a offert en cadeau ces petits chatons qui, en l’espace d’une nuit, se sont transformés, libérant de minuscules particules de pollen. Au matin, curieuse, je me suis approchée du petit pot. J’ai entendu les fées du printemps me chuchoter que malgré tout ce que les humains vivent en ce moment, le printemps continue sa valse joyeuse. Et pour illustrer leur propos, elles m’ont fait écouter en silence le chant des oiseaux provenant des sapins juste là-bas.

Puis Dédé m’a fait découvrir ce magnifique morceau de Edward Grieg (en écoute sur ce billet), « Au Printemps ». Elle m’a expliqué que Grieg était l’un de ses compositeurs préférés et que sa grand-mère Adeline adorait ce morceau qu’elle réclamait toujours quand elle venait en visite à la maison. Dans cette partition, on entend le printemps qui s’éveille, les oiseaux qui chantent sur leurs branches, la rivière qui gronde, gonflée par la fonte des neiges et puis, les notes s’égrènent doucement, comme le vent dans les branches, pour finir par s’évanouir dans l’éternité des cieux.

A mon tour, je vous invite à écouter ce morceau aujourd’hui pour ne pas oublier que le printemps est là, malgré tout, envers et contre tout. Et laissez vous envahir par ces notes au piano, légères, qui vous emporteront bien loin de ce qui se passe ici-bas.

Prenez soin de vous ! »


Dédé © Mars 2020

dimanche 22 mars 2020

Bluette contre le COVID 19 (épisode 2)

Bluette au bout du rouleau


Pour accompagner ce nouvel épisode, voici un petit morceau emblématique de mon coin de pays, suggéré par mon ami Xtian qui comme moi, crapahute dans les prés et sur les sommets à longueur d'année: 




"Bonjour à toutes et tous.

Je suis restée dubitative de longues minutes dès mon arrivée ici devant cet objet non identifié. Me grattant pensivement et longuement mes tétines avec un de mes sabots (aïe), je n’ai trouvé aucune réponse à mes questions. Alors je suis allée demander à Dédé ce que c’était. Elle m’a répondu que c’était du papier de toilettes. Devant ma mine ébahie, il a fallu qu’elle m’explique par le menu détail pourquoi les humains s’en servaient. Je peux vous dire qu’en tant que vache, je n’ai jamais eu besoin de cela dans les nombreux prés que j’ai fréquentés dans ma vie. Pour une vache, c’est simple. On se concentre et puis hop, tout est fini en une fraction de secondes. Et on continue alors de brouter comme si de rien n’était et quand on doit se reposer, il faut juste veiller à s’éloigner un peu avant de se coucher pour ruminer tranquillement. Autrement, bonjour les dégâts sur nos poils soyeux. Mais j’ai cru comprendre que pour vous, les humains, c’était quelque chose de très important et pour certains d’entre vous, de vital même, jusqu’à vous battre pour un misérable rouleau. 

Allons donc, soyez raisonnables, un peu. Et si vous veniez à en manquer, investissez dans un bidet. C’est aussi un produit de première nécessité mais peut-être plus écologique à long terme. Et si cet investissement est trop onéreux, privilégiez au moins le papier recyclé!

Prenez soin de vous ! »

Dédé © Mars 2020