vendredi 3 décembre 2021

Le cri

 


 

Il était figé le petit bonhomme. Les yeux caves, la bouche ouverte et dans cette grimace indéchiffrable, il fixait une scène étrange qui m'échappait. 

Je me suis retournée plusieurs fois, aux quatre coins cardinaux, mais je n'ai rien vu qui méritât une telle expression.

Indécise, je ne savais s'il fallait que je poursuive mon chemin ou que j'ose une conversation qui sans doute n'aurait été qu'un monologue car tout le monde sait que les arbres ne parlent pas. Je suis donc restée là, sans bouger, respirant à peine, espérant que son expression change et qu'il me sourie enfin. 

Mais tout le monde sait que les arbres ne sourient pas. 

De longues minutes se sont alors écoulées, peut-être une heure, peut-être une éternité. Et quand enfin j'osai un geste, il ne se passa rien. La face resta ainsi, l'expression muette et pourtant si sonore que mes tympans en étaient déchirés.

J'étais seule face à lui et je décidai enfin, l'angoisse vissée au corps, de quitter définitivement cet atmosphère étrange qui à mon sens ne faisait qu'empirer. 

Lui continuait sa grimace, sans queue, ni tête.  

Je fis donc prudemment un pas sans faire de bruit sur le parterre des feuilles mortes et quand j'estimais que la distance entre lui et moi était acceptable, je me retournais lentement. Mais sa posture demeura absolument identique, comme si le temps avait sculpté dans l'écorce le dessin d'une clameur éternelle.

C'est alors que je saisis que ce n'était pas une scène extraordinaire qui l'accaparait.

Non, ce qui provoquait ce long cri aphasique chez le petit bonhomme en bois, c'était simplement moi et ce que je représentais. Et dans une sueur glacée, je compris que c'était l'humanité entière dont j'étais l'émissaire bien malgré moi en cet instant, société humaine imbue d'elle-même, sachant tout mais ne comprenant souvent rien qui défigurait ainsi le visage même de la nature.

Je pris alors mes jambes à mon cou pour ne jamais revenir dans cette clairière hantée.

Même si tout le monde sait que les arbres ne parlent pas et qu'ils ne sourient pas, soyez sûrs qu'ils n'en pensent pas moins.

Dédé ©Décembre 2021

vendredi 19 novembre 2021

Mariage blanc

 


En cette fin de journée, la timide pyramide de pierre avait relâché son voile de jeune épousée, dévoilant avec pudeur ses flancs encore automnaux alors que son sommet baignait déjà dans les tons froids de l'hiver. Son mariage blanc ne faisait que commencer, augurant de longs mois de tourmente, de neige et de glace.

Le bouquetin avait observé de son oeil d'or les premiers flocons et posément, les cornes fières, il avait revêtu son manteau chaud, afin d'être prêt à affronter les assauts déjà bondissants de l'hiver. Puis, lentement, tel un grand sage, il s'était ébroué et de sa voix profonde, il avait informé l'assemblée des animaux alpins qu'il était temps de redescendre dans des terres moins inhospitalières. Et pendant que le cortège se mettait en route pour la vallée, les mésanges étaient venues voleter devant ma fenêtre pour me faire signe que les insectes venaient à manquer pour leur repas quotidien.

En effet, il était grand temps de préparer la mangeoire pour tous mes amis ailés et de guetter avec bonheur le retour de mes chers confidents, les accenteurs alpins, qui de longs mois durant, me conteraient leurs aventures estivales, là-haut dans les pierriers montagneux.

C'est ainsi que l'hiver arrive chez moi, lentement, doucement, poussant dans ses derniers retranchements et avec autorité un automne vieillissant. Mais dans ce dépouillement de la nature, je sais qu'auprès de toi, il fera chaud, même dans les plus grands frimas.

 

Dédé © Novembre 2021  

vendredi 5 novembre 2021

Musique automnale


Et pendant que l'homme volait, les mélèzes dansaient, au son de la douce musique automnale. 

 

Dédé © Octobre 2021 

vendredi 22 octobre 2021

Clair-Obscur

 

La vie, c'est souvent cela: un clair-obscur dans lequel il est parfois bien difficile de se guider. 

 

Dédé © Octobre 2021

vendredi 8 octobre 2021

Union


 

Après toute la pluie tombée, l'épais brouillard et les nuages altiers, une timide éclaircie s'installe enfin en ce début d'octobre, s'accrochant de toutes ses forces aux parois. Et dans un soleil qui ne réchauffe déjà plus à cette saison, le spectacle grandiose apparaît soudain, célébrant l'union éphémère mais si belle d'un automne guilleret avec un hiver bien trop prétentieux.

Dédé © Octobre 2021

vendredi 24 septembre 2021

La glace

 


Inexorablement, la glace recule, comme si elle craint de se retrouver nez à nez avec les hommes. 

La montagne, blessée, regarde la plaine avec tristesse. Ramassée sur elle-même, faisant presque grise mine, elle reste pourtant si fière. 

Entre elle et moi ce jour-là, quelques impressions ont été échangées, comme pour se dire que cela suffisait.

Et le ciel, au-dessus de nous, a rugi pour dire sa colère. 

 

 Dédé © Septembre 2021 



vendredi 10 septembre 2021

Immensité

 


Je constate, au fil du temps, que c’est toujours vers la montagne que je reviens, indubitablement, sans concession. Elle est silence même si les insectes butinent en vrombissant, si le vent apporte le bruit léger des ailes du rapace juste au-dessus du sentier, si les fleurs chantent des mélopées suaves remplies de sucre et de senteurs qu’on ne peut nommer. Ses paysages, équilibrés et merveilleux, chantent la vie.

Bien timide cette année, l’été bondit enfin en ce mois d’août, avec ses couleurs, ses parfums capiteux et les vaches, plus bas dans la vallée, font retentir leurs cloches pour célébrer l’herbe fraîche ondulant enfin sous les rayons du soleil.

Dans cette profusion de sensations et le cœur en fête, je me surprends, ce jour-là, à vouloir devenir un bouquetin, fier équilibriste des falaises, pour gambader sans fin sur les sommets. Ainsi transformée, je contemplerai le monde avec mon œil d’or, au-dessus des remous terrestres et plus rien ne m’atteindra, dans cette immensité que l’homme ne pourra jamais dompter.

 Dédé © Septembre 2021