jeudi 1 juillet 2021

Arc-en-ciel

 
 
Cela a été un drôle de printemps et je me retrouve à l’entrée de l’été bien esseulée car ma meilleure amie J. s’en est allée. Elle et moi avions partagé tant de choses, de joyeux moments, avec son mari aussi quand il était encore là. Espiègles, souvent le mot pour rire, nous passions des heures à passer en revue les histoires du village, à admirer les montagnes et les géraniums sur son balcon et à deviser sur notre humanité. 47 ans nous séparaient mais ce grand écart n’a jamais compté, ni pour elle, ni pour moi. L’amitié, l’affection et le respect étaient bien plus importants qu’un nombre qui ne signifiait finalement rien.

Elle était une lueur pour moi, comme une petite bougie toujours allumée en cas de besoin, afin d’éclairer mon chemin parfois bien obscur. Elle aimait Jean-Sébastien Bach, les chocolats Femina et le Favi que l’on dégustait à l’apéro le dimanche.

Et puis ces derniers mois, la petite flamme a vacillé, peu à peu, s’éteignant finalement au mois d’avril. En ces temps perturbés de pandémie, nous nous sommes retrouvés en tout petit comité pour lui rendre un dernier hommage et lorsque son cercueil est ressorti de l’église, j’ai carillonné quelques notes en son honneur, elle qui aimait tant entendre les cloches depuis le balcon de son magnifique chalet.

Elle avait de la peine à marcher J. et elle devait s’aider d’une canne pour traverser le village. Quand j’étais avec elle, elle faisait mine de l’oublier, pour mieux s’accrocher en riant à mon bras. Mais depuis qu’elle n’est plus là, c’est moi qui suis bancale.

Cela a été un drôle de printemps durant lequel la neige s’est invitée régulièrement comme si elle ne voulait justement pas que cela soit un vrai printemps. Heureusement que mon ami l'écureuil est régulièrement venu me rendre visite car mon moral déclinait. Et puis finalement les fleurs ont jailli en chœur, les sonnailles des vaches ont retenti à nouveau dans les alpages et le merle a entamé ses mélopées tous les soirs au sommet du sapin là-bas. J. a dû trouver son chemin dans les méandres célestes sans qu'elle ait besoin de mon bras pour clopiner.

Aujourd’hui, il est temps pour moi de prendre une pause bloguesque car ce fut vraiment un drôle de printemps qui me laisse un peu hébétée. Je m’en vais glisser sur les arcs-en-ciel et peut-être qu’avec tous mes amis de la forêt, nous composerons la symphonie de l’été.

Bel été à toutes et tous. Prenez soin de vous.


 Dédé © Juillet 2021

vendredi 18 juin 2021

Fontaine de vie

 


Ce printemps qui, pour ainsi dire n’avait jamais vraiment existé, s’est mis soudainement à tressauter, à jaillir de partout, en seulement quelques jours. Les prairies ont verdi et le merle a chanté, de plus en plus fort.  Son chant s’est enroulé autour des troncs des mélèzes et des sapins, répondant à celui du pinson et aux salutations matinales du coucou. Les écureuils ont retrouvé leurs sourires, les mésanges ont donné la becquée aux petits oisillons tout juste nés et les lièvres ont organisé leurs joutes printanières pour sacrer "le champion des plus grandes oreilles" de toute la communauté.

Là-haut, l’hiver a vécu ses derniers soubresauts, fier et combattif, gardant encore sous son plastron de nombreuses plaques de neige.

Lorsque les cieux tourmentés ont tournoyé au-dessus de la montagne ce jour-là, j’ai su que l’été allait arriver, envers et contre tout.

Alors, j’ai admiré cette pluie diluvienne, fontaine de vie lavant les derniers affronts, effaçant les mauvais souvenirs et abreuvant avec force les pâquerettes avides de vie. 

 Dédé © Juin 2021

vendredi 4 juin 2021

Printemps timide

 

 



Sur les sommets blancs

Le printemps joue au timide -

Marcheur en attente

 

 Dédé © Juin 2021

 

vendredi 21 mai 2021

L'envie de

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Il m'est venue l'envie, sourde, presque viscérale, de m'échapper, de rejoindre ces terres hostiles balayées par le vent du Nord, où l'être humain n'est rien, où seul le souffle du vent dit tout. 

Il m'est venue l'envie de me perdre dans un océan de vert profond, de bleu froid, de gris si chatoyant qu'il n'existe que là-bas, d'être une princesse dans un vieux château oublié des hommes et d'entendre le chant d'un violon et d'une flûte scander les danses des esprits de la lande. 

Il m'est venue l'envie d'affronter les tourbières, de plonger dans des lacs miroitants, de me perdre dans des brumes évanescentes et de gravir des montagnes austères que personne n'a jamais escaladées.

Il m'est venue l'envie  de ne croiser que des moutons et des chevaux sauvages et de parcourir les rares chemins serpentant au milieu de vastes étendues de rocailles, semées d'herbe rousses et vertes où gambadent les lutins facétieux. 

Il m'est venue l'envie de m'enivrer avec un whisky capiteux qui déchire le gosier et qui, lorsqu'il coule dans les veines, ravive la flamme des temps oubliés.

Oui, je crois que j'ai envie de Nord, de vent, d'espace, d'Irlande ou peut-être d'Ecosse, voire même du Dartmoor que j'ai tant aimé.

Ces terres-là, mon ami, ce sont celles dont je rêve si souvent, juste encore une fois, pour nous échapper, pour nous noyer dans cette lumière tragique qui n'existe que là-bas.

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P.S. Je suis très occupée ces temps-ci. Mais je ne vous oublie pas. 

Une petite information : pour celles et ceux qui sont abonnés et reçoivent des alertes lorsque je publie des billets, j'ai été informée que ce service ne sera plus disponible tout prochainement. Je cherche une solution de remplacement mais n'en ai pas encore trouvée. Merci de votre compréhension.

 Dédé © Mai 2021

vendredi 2 avril 2021

Paris, Pitchoune et B.

 

(Photo prise en 2008 à travers une vitre, la qualité n'est pas la meilleure mais c'est un très bon souvenir)

 
« Ma mie, un mot car je ne puis rester silencieux plus longtemps. Et pourtant, tu es la dernière à qui j'ai envie d'écrire… »

Ainsi commençait sa dernière missive qui m’apprenait le mal incurable dont il souffrait. A cette lecture, à la fin de l’été dernier, la tristesse m’a envahie pour ne plus vraiment me quitter chaque fois que je pensais à lui et à ce que nous avions vécu.
 
Je l’avais rencontré sur les blogs en 2006. Mais peut-on parler d’une rencontre quand on ne voit pas le visage de l’autre, quand on n’entend pas son rire, quand on ne voit pas ses yeux ? Et pourtant, ce fut le cas, une découverte mutuelle d’abord virtuelle par des échanges sur nos blogs respectifs, ensuite dans des courriels très réguliers, puis s’ancrant enfin dans la vraie réalité un jour de mars 2008 où Paris était bien gris et froid. J’avais décidé, à cette période, de prendre un peu le large le temps de quelques jours et j’étais, comme on dit, « montée à Paris ». Sur le quai de la gare de Lyon, l’expert en instruments scientifiques et antiquités de marine m’attendait, le sourire accroché aux lèvres, confiant dans cette rencontre et dans tout ce que nous allions vivre par la suite. Depuis ce printemps-là, je venais lui rendre visite une à deux fois par année dans la Ville des Lumières. Toujours à l’écoute, il savait presque tout de ma vie. Même si je ne lui disais pas toutes les épreuves, il les devinait et avait toujours un conseil bienveillant à me prodiguer. Espiègle, il riait aussi à mes déboires et me disait souvent que ma vie pouvait être matière à écrire un roman.

Que de bon temps passé dans les petits troquets de Paris, dans des brasseries prestigieuses, dans la rhumerie, dans le restaurant de la Tour Montparnasse, à trinquer peut-être plus que de raison mais à refaire le monde de bien des façons. Il aimait le vin, la bonne chère, les oreilles de cochon, le pâté en croûte et le chocolat suisse dont j’étais devenue sa principale fournisseuse. Il fumait d’abominables cigarillos dont les mégots envahissaient le cendrier de sa voiture. Son magasin d’antiquités était une caverne d’Ali Baba et quand j’en poussais la porte, je me surprenais à caresser la proue de la maquette d’un trois-mâts datant du 18ème siècle qu’il allait vendre bientôt à un passionné pour quelques milliers d’euros. Moi la montagnarde, j’avais découvert grâce à lui Marin-Marie qu’il me contait avec passion. J’en avais d’ailleurs presque le mal de mer ou alors était-ce à cause du rosé que nous buvions avec passion à l'apéro, à l'arrière de son magasin.
 
Il aimait Paris et il adorait la mer et il n’était jamais aussi heureux que lorsqu’il descendait dans le Sud retrouver son petit bateau à Cassis. Il me parlait alors avec délice des plats d’huitres et du vin blanc qui les accompagnait et de ses nombreux copains avec qui il aimait assister aux couchers du soleil sur la Grande Bleue.

A chacune de mes visites, il me concoctait un programme divers et varié, souvent agrémenté d’une visite de musées et toujours une bonne table à laquelle on s’éternisait. Nous avons traversé les jardins de Giverny, arpenté les quais de la Seine, parcouru le parc des Buttes-Chaumont (« il te faut quand même des montagnes » m’avait-il dit lors de cette visite), salué Rodin, Picasso et Van Gogh, vogué sur une péniche et ri comme des fous devant la bêtise du monde. Le lendemain du 13 novembre 2015, il m’envoyait pourtant un message pour me demander si j’étais encore vivante. Nous venions de nous quitter le jour d’avant après avoir visité l’institut du monde arabe et célébré la vie en dégustant un excellent vin algérien et un délicieux couscous. Je lui avais alors répondu ma peur de m’être trouvée au cœur des tristes événements et que je ne reviendrai plus à Paris. Et là, dans un éclat de rire, teinté d’un sérieux contenu, il m’avait écrit : « C’est ce que veut Daech. Reviens vite pour montrer que les Suissesses n’ont peur de rien ».

Il veillait sur moi à distance, comme il aimait à le dire et lorsque nous nous retrouvions à Paris, c’était comme si on ne s’était jamais quittés. Heureux, il l’avait été quand je lui avais annoncé le virage bénéfique opéré dans ma vie, mon installation dans les montagnes et une existence plus sereine là-haut, bien accompagnée. « Pitchoune, tu redeviens Heidi », avait-il déclaré.

J’ai appris tout dernièrement son décès et cette nouvelle me rend infiniment triste. Pourtant, confusément, je sais qu’il continue à veiller sur moi, comme il l’a toujours fait. Juste que la distance est encore plus grande que d’habitude ou alors peut-être bien plus courte car il restera à jamais là, au fond de mon cœur. Et quoi de plus normal que je lui rende hommage sur ce blog, puisque c’est de cette façon-là que nous nous sommes rencontrés en 2006.

Merci pour tous ces beaux souvenirs qui tapissent à jamais le fond de mon cœur. Je te souhaite mon cher B., de voguer dorénavant sereinement sur ton petit bateau coloré, dans les embruns de la mer que tu aimais tant. Et promis, quand je reviendrai à Paris, nous irons boire avec P. un rhum à ta santé.


(Marin-Marie, "Voilier au large des côtes rocheuses")

P.S. C'est avec ce billet que je vous laisse quelques temps. Prenez soin de vous et à bientôt. Belles fêtes de Pâques à chacune et chacun.

 Dédé © Avril 2021


vendredi 19 mars 2021

Petit plaisantin

 

Petit plaisantin.
On l’avait cru définitivement parti, aux abonnés absents pour longtemps.
Pourtant, depuis quelques jours, le ciel déverse des coulées blanches monochromes.
En plaine, la sève, suintant des sarments, est vite redescendue se calfeutrer dans le cœur des ceps.
Les abricotiers précoces ne savent plus à quels saints se vouer :
Garnis de minuscules fleurs, ils grelottent en se lamentant.

Les merles et accenteurs alpins reviennent en force quémander quelques graines.
Lui, heureux d’avoir berné tout le monde, danse des farandoles devant ma fenêtre,
Pendant que je cueille un flocon au creux de ma main.
Ici, il est roi, pour quelques jours encore,
Avec plein d’histoires à nous chuchoter.
L’hiver est revenu, erratique, extatique.
Petit plaisantin.

 

 Dédé © Mars 2021

vendredi 5 mars 2021

Majesté

 


Massif de la Bernina, Les Grisons, Suisse

 

Je ne m’habituerai jamais à la beauté, celle de ces montagnes majestueuses qui se dorent au soleil d’hiver, dans un froid mordant. Elles ne disent rien et pourtant, elles expriment tout, leur grandeur mais surtout la petitesse de l’homme qui, un jour, lorsque tous les glaciers auront disparu, criera son désespoir de se heurter à la pierre trop rugueuse de son orgueil démesuré.

Dédé © Mars 2021