vendredi 15 mars 2019

Musique



Ta voix résonne telle une musique
Partition de mots tendres et complices
L’Amour s’épand en notes suaves
Comme un vent qui souffle sans fin
Et les roses couvriront les murs
Même à l’hiver de notre vie

Le temps s’écoulera lentement
Dans la valse de nos corps unis
L’accord parfait montera au ciel
Comme une symphonie dans nos mains
Et les oiseaux pépieront de joie
Même à l’hiver de notre vie

La vie jaillira en mélopée
Entre toi et moi mon ami

Mon tendre mon doux amant
Toi l’homme qui chante mon printemps


Dédé © Mars 2019

vendredi 1 mars 2019

Ma maison



Le toit est chargé de neige, dans une fin d’après-midi enchanteresse durant laquelle les sapins délicatement saupoudrés ont psalmodié février.

J’avance dans le creux de la forêt sur un chemin qui ne mène nulle part et je vois le chalet surgir entre les arbres, silencieux, aux aguets. Il faudrait oser frapper à la lourde porte de bois et entrer. Peut-être seras-tu là, à m’attendre patiemment dans l’espérance du printemps. Alors tu ouvriras les bras d’où s’échapperont des nuées de papillons qui vogueront jusqu’à la pleine lune.  Et dans la nuit qui suivra nos retrouvailles, devant l’âtre où se consument des morceaux de bois, tu m’emporteras dans une contrée lointaine où la saison froide sera promesse de chaleur et où nos doigts tresseront des tissus de caresses à l’ombre des étoiles.

Ton cœur deviendra ma maison dans laquelle j’entrerai toujours en chantant des poèmes de joie, les mains chargées de fleurs des champs et l’âme virevoltant pour étreindre passionnément la tienne.  A l’extérieur, le monde pourra s’écrouler, il nous faudra simplement laisser briller à la fenêtre la bougie du bonheur pour les âmes égarées.

Et nous vieillirons dans notre demeure perdue aux confins de l’horizon, dans la forêt magique piquetée de grands sapins qui veilleront tendrement sur nos murmures amoureux.




Dédé © Mars 2019

vendredi 15 février 2019

Un océan de regrets



Il ne savait pas depuis combien de temps il attendait dans le salon, assis dans ce fauteuil en cuir rouge. Une ombre erratique avait fait place à un soleil auparavant éclatant. Se levant pour se servir un verre, il sentit que ses gestes devenaient maladroits et impatients tant il avait l’esprit obnubilé par cette rencontre qui, il l’espérait, remettrait tout dans le bon ordre. Après avoir rebouché la bouteille de whisky et fait tomber les glaçons dans le verre presque plein, il s’assit en contemplant intensément le mobilier qui l’entourait, comme si elle pouvait apparaître à tout instant derrière les rideaux ou près de la cheminée. Mais alors que les meubles en bois somptueux encombraient toute la pièce jusque dans ses moindres recoins, il eut soudain l’impression que tout était vide, vide de son absence, de son rire cristallin et de ses pommettes gracieuses qu’il aimait tant caresser du regard. 
 
Les souvenirs de ces derniers mois après leur première rencontre se bousculèrent dans son esprit, le rendant presque haletant. Ils avaient parcouru main dans la main toutes les rues de la grande ville, fuyant chacun d’eux à leur manière un quotidien bien trop terne. Dans les parcs où jouaient les enfants, il lui volait des baisers fougueux à l’abri des regards, sous les grands arbres qui se penchaient joyeusement sur leurs frétillements de nouveaux amants. Dans les musées où ils aimaient se retrouver à l’ombre des grands peintres, ils commentaient sans fin les œuvres qui les touchaient et les transportaient tous d’eux au-delà du temps. Et dans les salles de cinéma durant les séances de l’après-midi, où presque personne ne venait visionner des films en noir et blanc, leurs mains se frôlaient impatiemment, dans une obscurité bienvenue qui permettait toutes les audaces. Construisant autour d’eux une bulle de bonheur, ils en avaient presque oublié les contraintes du temps, cherchant à respirer le même air à la même cadence, se moquant éperdument de tout ce qui n’était pas eux. 
 
Aujourd’hui, dans cette grande maison qu’il avait louée il y avait quelques semaines pour leurs rencontres en bord de mer, loin de l’agitation de la capitale et de son quotidien familial honni, il attendait. Comme d'habitude car il arrivait toujours le premier, aimant la voir apparaître dans le fond du couloir et remplir en quelques secondes tout l’espace. Mais là, c’était différent. Son verre se vidait pendant que la grosse horloge égrenait sa complainte et soudain, la vérité l’abasourdit, comme un coup de poignard dans le cœur, le faisant presque suffoquer. Elle n’avait pas beaucoup écrit ces derniers jours depuis qu’ils s’étaient disputés. Pleine de lourds sous-entendus et de reproches à peine déguisés, elle avait distillé dans leur dernière rencontre une distance et une pudeur qu’il ne lui connaissait pas encore.  Sa charmante bouche peinte en rose s’était ouverte pour laisser apparaître des mots si durs, qu’il ne comprenait pas encore qu’elle attendait de lui un choix. Il n’avait fait que boire les larmes que contenaient à peine ses grands yeux et tentant de lui prendre la main à plusieurs reprises, il n’avait étreint qu’un abysse dont il ne connaissait pas encore le fond. Elle s’était levée subitement, faisant alors claquer ses talons pour sortir du petit café et il s’était retrouvé pantelant, ne sachant plus très bien ce qu’il faisait là.
 
Alors qu’elle lui écrivait auparavant des lettres tous les jours, instaurant entre eux une tradition épistolaire qui diminuait la distance qui pouvait les séparer, ses missives s’étaient transformées en vagues messages évoquant un travail devenu subitement accaparant. Jusqu’à sa dernière lettre qui lui donnait rendez-vous ce jour dans le grand salon donnant sur la mer. 
 
Contemplant le reste de whisky dilué dans l’eau des glaçons, il vit son reflet au fond du verre, pâle, presque fantomatique, celui d’un homme qui ne sait pas encore que tout est terminé.  Ainsi, le battement des ailes du papillon là-bas sur le balcon était encore le frôlement de son foulard lorsqu’elle le serrait dans ses bras et le bruit du ressac là en bas ressemblait à la houle de désir qui les submergeait régulièrement. Mais il avait fini par comprendre à la dernière gorgée de whisky qu’elle ne viendrait pas.
Sur sa scène intérieure devenue muette de stupeur, plongée dans la lumière blafarde de cette nouvelle absence, il se retrouva seul à jouer le drame de cette rupture qui dévasta peu à peu ses dernières espérances. Il sentit comme un feu à la brûlure glacée dans son cœur et s’enfonça dans un jeu d’ombres qui le fit trébucher de chagrin. 
 
Pendant des jours, il avait forgé à l’égard de son amante des mots d’amour qui lui faisait entrevoir un avenir radieux mais il n’avait fait que les élaborer dans son esprit, sans oser les dire tout haut, sans faire de projets concrets, comme si l’avoir dans ses bras suffisait à son bonheur. Il voulait simplement goûter à la substance de son existence, facile et belle quand il la serrait contre lui, bien plus que ce qu’il avait vécu avant qu’elle n’irradie sa vie. Il n’avait pas voulu comprendre que cette histoire pouvait avoir une fin mais maintenant il était trop tard. Avant elle, il savait que sa vie n’était qu’une succession de choix imposés et avec elle, il avait cru que l’espace-temps qu’ils avaient forgé ensemble suffirait à atteindre la quintessence de ses espérances. Il n’avait pas saisi que la vie, ce sont des formations fugitives de sable mouvant, nées d’un coup de vent, d’un coup de folie, d’une folle passion, détruites en un instant par les mots qu’on ne dit pas. Des formes de fugacité, qui sont soulevées et emportées par le vent avant même de s’être vraiment créées. 
 
Se levant péniblement, il contempla par la fenêtre le disque solaire qui se précipitait dans la mer. Tout était devenu sombre, dès qu’il comprit qu’elle l’avait irrémédiablement quitté. Et dans le déferlement de ce soleil noir, il se précipita dans un océan de regrets. 

Dédé © Février 2019

vendredi 1 février 2019

Au sommet



Là-haut, les nuages s’accrochaient aux montagnes, formant une mer cotonneuse où les vagues ne ballotaient aucun navire, si ce n’est mes rêves les plus intimes, perdus dans l’immensité du ciel.
Les fleurs étaient presque aussi hautes que les sommets, dodelinant de la tête au moindre souffle du vent qui montait de l’Océan et redescendait dans les villages, chargé de senteurs rocailleuses.

J’aurais pu être un oiseau et survoler ces masses rocheuses sans aucun effort. Mais je n’étais que moi-même, forme erratique s’accrochant aux aspérités du sentier. Chaque pas me portait au-delà et quand, enfin, j’ai atteint le but ultime, j’ai basculé dans les remous du monde, transfigurée par cette beauté que je n’osais toucher, même du bout des doigts. Ce n’était pas l’Annapurna, pas même le Cervin. C’était un sommet parmi les sommets, de ceux qui s’élancent de toutes leurs forces pour transpercer le ciel. Mais il était bien là, réel et altier, surplombant les hommes, les ports et les cultures et il chantait d’une voix pierreuse la musique de la terre.

A cet instant, j’ai vu, dans la corolle de ces fleurs jaunes, dans le caillou au milieu du chemin, dans la forme lancinante des nuages, des étincelles de bonheur qui ont plongé dans tes yeux pour s’y noyer. Seuls face au tout, nos mains se sont serrées, formant au-dessus de la vallée comme un cœur timide et pourtant si solide.

Et ce temps suspendu au-dessus du monde a semé au plus profond de nous des vagues de joie qui roulent encore aujourd’hui sur nos plages secrètes. 

"Quand tu es arrivé au sommet de la montagne, continue de grimper." 

Proverbe chinois

Dédé © Février 2019

vendredi 18 janvier 2019

Printemps éternel




L’Ile, délicatement posée dans l’océan Atlantique, bruissait de mille parfums. Même en ce mois de janvier, les fleurs jouaient les belles et dodelinaient de la tête au vent venu des sommets acérés.

Sur les flancs des montagnes, de multiples chemins de randonnées sillonnaient de petites parcelles cultivées, irriguées par des « levadas », ces étroits canaux d’irrigation qui permettent encore aujourd’hui l’acheminement des eaux venant du sommet des crêtes jusqu’aux cultures situées au sud de l’île. Il fallait un pied sûr, pour ne pas glisser dans les eaux pétillantes des canaux d’un côté ou dévaler les ravins vertigineux de l’autre. Tout en bas, dans un fracas assourdissant, les vagues s’écrasaient contre les roches noires volcaniques. Devant ce spectacle impétueux, les paroles étaient inutiles. Seul comptait le chant de la terre et de la mer, unissant leurs voix dans ces vibrantes mélopées.  

De petits villages composées de charmantes maisons colorées s’agrippaient aux pentes escarpées, témoignant dans certains recoins de l’île et notamment dans la capitale d’une forte densité humaine, le tout tranchant avec la rigueur de l’Océan Atlantique. Dans les jardins, les fleurs hivernales rajoutaient des touches colorées, donnant l’impression, même en cette saison, d’une végétation luxuriante. Non loin des propriétés bien ordonnées, les vignes en pergolas attendaient patiemment le retour de la belle saison pour produire un vin doux, chauffé aux rayons du soleil. Tout près des feuilles cuivrées de janvier, les cultures de bananes et d’oranges complétaient ce tableau exotique. Et pendant que les vieilles et vieux des villages s’usaient les genoux sur les chemins escarpés des bourgades, les voitures montaient et descendaient des pentes hallucinantes dans un bruit de freins étourdissant. 

Alors que les bords de mer semblaient vivre dans une éternelle douceur, les sommets, piquetés de tours rocheuses et de crêtes fascinantes dont certaines culminant à plus de 1800 mètres, se perdaient souvent dans des voiles de brume et de brouillard, fantomatiques et ne se laissant gravir qu’au prix d’un intense effort physique. Et au milieu de l’île, un immense plateau, parsemé de fougères et de prairies de mousse où des troupeaux de vaches paissaient tranquillement, rappelait les tourbières écossaises. 

Afin de se réchauffer après avoir touché du bout des doigts les nuages, le retour dans les bourgades de pêcheurs permettait de côtoyer une population souriante et accueillante, fière de son pays et de ses racines. Et dans le petit port coloré, où des bateaux déchargeaient des espadons pendant que des roussettes accrochées sur des châssis de bois séchaient au soleil, une partie de cartes enjouée réunissait les hommes, yeux rivés sur leurs jeux, comme si leur vie entière en dépendait.

« L’Ile aux fleurs », si paisible au milieu de l’Océan, semblait vivre un printemps éternel, presque oubliée des fracas de la vie moderne.  Et pendant que le temps s’enroulait autour des troncs rugueux des bananiers, virevoltant dans les parterres fleuris et s’engouffrant dans le ressac de l’eau, je m’imaginais voguer dans une douce musique, blottie au creux de tes bras. 

De retour, mon esprit vagabonde encore et encore. Et dans tes yeux, je replonge dans les cascades scintillantes qui dévalaient les montagnes pour mourir amoureusement dans l’Océan.





Dédé © Janvier 2019

dimanche 23 décembre 2018

La chaleur de Noël (Conte de Noël)



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L’autre jour, en traversant la forêt enneigée, j’ai vu filer devant moi un renard, rapide comme l’éclair. Avant de disparaître derrière un monticule de neige, il se retourna vers moi, me faisant un clin d’œil. Quelle ne fut pas mon étonnement quand je remarquai qu’autour de son cou, il portait une écharpe rousse brillant de mille feux. Il s’enfuit ensuite dans une gerbe de neige et je me retrouvai à nouveau seule. Avançant péniblement sur le chemin dans lequel je m’enfonçais, j’écoutais les oiseaux s’en donner à cœur joie, distillant au sommet des branches des mélodies gracieuses qui me rappelaient confusément certains chants de mon enfance. 

Sur une branche de sapin lourdement chargée de neige et traînant presque à terre, une mésange, dont le charmant pépiement surpassait les autres notes, battit des ailes à mon passage. Je vis que son tout petit cou était orné d’une minuscule étoffe jaune et noire. Etonnée, je continuai cependant mon avancée, sentant confusément que flottait partout un parfum de mystère.

Alors que je peinais de plus en plus sur le chemin, je remarquai qu’une piste s’enfonçait dans le sous-bois sur ma droite. Impossible pour moi de rester sur ma route, une force invisible me poussait à emprunter ce nouveau sentier. Je tentai de me retourner mais sans succès et il fallut donc me résoudre à accepter cette invitation. C’est alors que je distinguai devant moi une biche gracieuse qui gambadait avec agilité. Un bonnet surmonté d’un gros pompon de la couleur de son pelage ornait sa tête délicate et ses yeux noirs, lorsqu’elle se retourna pour voir si je la suivais, me lancèrent un regard espiègle. 

Je ne compris pas comment je me retrouvai une seconde plus tard au milieu d’un cortège d’animaux : des chevreuils devisaient entre eux, un gros blaireau se dandinait en compagnie d’un hérisson, un chamois racontait ses escapades montagnardes à un bouquetin qui l’écoutait l’air un peu jaloux pendant qu’une ribambelle d’écureuils distribuaient des noisettes à tout le défilé. Des merles et des mésanges voletaient entre les branches pendant qu’un casse-noix jacassait en compagnie d’une marmotte bien boulotte et un majestueux cerf élaphe paradait au milieu d’un parterre de louveteaux fougueux. Un faon s’approcha de moi, glissant sa charmante tête sous ma main pour une caresse. Mais ce qui me sembla le plus fabuleux, c’était que chaque animal portait un vêtement en laine assorti à la couleur de son plumage ou de son pelage. Ainsi, l’ours qui marchait à ma gauche paradait avec une superbe pelisse en laine épaisse et brune et à ma droite un mouflon trottait, son puissant cou emmitouflé dans une étole somptueuse. En me retournant pour voir qui devisait derrière moi d’une petite voix si aigüe, je ne pus que m’extasier sur le manteau d’une blancheur étincelante de Dame hermine.

Notre procession a duré longtemps. Soudain, un chalet en bois surgit dans la clairière où se reposaient de nombreux moutons. De la fumée sortait de la cheminée alors que des ombres furtives s’affairaient à l’intérieur. La porte s’ouvrit et un très vieil homme barbu salua de la main tous les animaux réunis. Un énorme tonnerre d’applaudissement retentit et se répercuta très loin à la ronde.

Des lutins surgirent alors derrière le gros bonhomme et m’apportèrent une écharpe blanche et scintillante. Il me fit signe de l’enrouler autour de mon cou, ce que je fis et à l’instant même, je fus envahie d’une douce et intense chaleur. Le bonhomme affable me fit entrer ensuite à l’intérieur et je compris enfin. Dans une ambiance féérique qui sentait le pain d’épice, une multitude de lutins tricotaient des habits pour tous les habitants de la forêt mais également pour les gens de passage venus de très loin. Les moutons donnaient la précieuse laine qui était ensuite travaillée, colorée et tricotée par des mains expertes. Dès la fin de l’automne, chaque animal prenait le chemin du chalet en bois et recevait son cadeau, l’hiver étant ainsi bien plus chaud et douillet pour chacun d’entre eux. Et la demeure était devenue un havre de paix et de chaleur où ils se retrouvaient régulièrement pour se reposer dans une douce ambiance.

Ce jour-là, solstice de l’hiver, la cohorte des animaux était venue spécialement remercier leur bienfaiteur et tous ses ouvriers. Une fanfare de farfadets se mit alors en place et les animaux reprirent en chœur des mélodies de Noël, pendant que des enfants bien emmitouflés et venant de tous les pays du monde distribuaient biscuits et autres friandises.

S’approchant de moi, le vieil homme murmura une requête à mon oreille. Puis, quand il me serra la main, je sentis une force prodigieuse qui me renvoya directement au milieu de mon salon, comme hébétée, à l’ombre de mon sapin de Noël.

Pendant tout cet hiver-là, j’ai porté la belle écharpe et aujourd’hui, en souvenir du vieux bonhomme, je vous livre son message : 

« N’oubliez jamais de donner la chaleur de votre cœur à toutes celles et ceux qui croisent votre chemin et qui ont froid tout au fond d’eux ».

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Belles fêtes à chacune et chacun d'entre vous. Ce blog sera en pause pendant quelques temps. Alors à l'année prochaine!





Dédé © Décembre 2018

vendredi 14 décembre 2018

Le petit bonhomme bleu




Perdue dans la forêt, je ne voyais qu’une multitude d’arbres m’enserrant peu à peu.  Aucun bruit, pas de chants d’oiseaux, juste un grand silence qui finirait sans doute par me happer entièrement si je ne retrouvais pas rapidement mon chemin. Tournant encore et encore sur moi-même, j’ai alors vu passer furtivement entre les arbres un petit bonhomme bleu, coiffé d’un bonnet. Il avançait vite mais prudemment sur le chemin rendu glissant par les pluies des jours précédents.

Poussé par un sentiment inexplicable, j’ai décidé de le suivre, pensant qu’il me conduirait peut-être à destination car il semblait porter dans sa main droite une carte traçant tous les sentiers de la région.

Notre course dans la forêt s’est éternisée. Perdant la notion du temps, je me suis rendue compte peu à peu que nous marchions sur un tapis d’or qui scintillait sous nos pas. En effet, les feuilles jonchant le sol s’effritaient sous nos pieds, produisant une poussière dorée irradiant tout le bois. Quant aux troncs, ils cachaient des animaux qui nous épiaient, curieux de savoir quelle était notre quête. Chevreuils élégants, écureuils fougueux, mésanges graciles, tous se demandaient où le chemin mystérieux nous mènerait.

Le petit bonhomme bleu marchait de plus en plus vite et je m’essoufflais à ne pas perdre son ombre.  Garder en vue son bonnet était devenu mon objectif principal. Confusément, je sentais que si je le perdais, je m’abîmerais dans les volutes de la brume automnale, suspendue là-haut, au faîte de la forêt. Soudain, comme s’il entendait les battements convulsifs de mon cœur, il s’est mis à chanter, d’une profonde voix de ténor. Son chant s’est alors enroulé autour des branches des arbres et a réchauffé le cœur de tous les habitants de la forêt. Et à chaque refrain, les oiseaux mêlèrent leur voix cristalline à celle de l’étrange personnage.

Quand la mélodie s’est évaporée au-dessus des nuages, le sous-bois s’est éclairé comme par magie et le soleil a brillé de mille feux, m’éblouissant pendant un court instant. Devant moi, un lac me rappelant des paysages nordiques oubliés se dévoila peu à peu, scintillant de toutes ses vaguelettes. Son bleu était intense comme si le ciel s’était noyé dans ses profondeurs et n’avait pu en réchapper.

Le petit bonhomme se retourna enfin en me montrant du doigt un bateau fait d’un étincelant bois blanc, accroché à un minuscule ponton. Dans ses yeux gris vert, j’ai vu la promesse d’une éternité sans limite et nous sommes montés à bord.

Aujourd’hui encore, je navigue dans ce merveilleux esquif, au gré du vent, au fil des saisons. Même si les roulis de la vie sont parfois intenses, le petit bonhomme bleu me mène toujours dans des territoires inconnus où le temps s’est arrêté. Et il me conte de sa voix douce toutes les merveilles de notre monde.

P.S. : Ce texte a été écrit juste avant les tristes événements de Strasbourg. Mais je crois encore que notre monde peut être fait de merveilleux, avec de petits bonshommes et de petites bonnes femmes distillant autour d’eux le bonheur.



Dédé © Décembre 2018