lundi 5 janvier 2026

Humanité

"J’ai mal à mon humanité. C’est pour elle que j’écris ces mots."


J'avais photographié ce matin-là 31 décembre 2025, avec l'intention d'y puiser mes vœux pour l'année nouvelle et pour vous. J'avais imaginé mon texte. Le brouillard noyait la plaine tandis que les sommets s'illuminaient au soleil levant. Cette image devait porter mes espoirs : même lorsque tout s'engloutit dans la grisaille, la lumière persiste là-haut, inébranlable. Je voulais vous dire que nous finirions par émerger des brumes, que la beauté de notre monde nous attendrait toujours et que l'année 2026 était finalement porteuse de belles espérances.

Puis le premier janvier s'est déchiré dans la nuit. À une heure trente du matin, quarante personnes, des jeunes voire de très jeunes, se sont éteintes dans les flammes. Quarante vies arrachées dans un bar souterrain où résonnaient encore les rires du réveillon. Sans compter les nombreux blessés. Des adolescents piégés dans un brasier sans issue. Aujourd'hui, Crans-Montana, le Valais, la Suisse et le monde pleurent ses enfants.

Ma région saigne et je saigne avec elle. Nous sommes tous meurtris, touchés de près ou de loin par cette tragédie qui nous arrache le souffle et nous fait, à notre tour, suffoquer de douleur et d'incompréhension. 

Et pendant que certains font leur travail en silence, portent les corps, soignent les grands brûlés, consolent les familles dévastées, ouvrent leurs maisons et leurs bras aux proches venus identifier leurs enfants, d'autres déversent leur fiel sur les réseaux sociaux. Les experts en tout se déchaînent: experts en sécurité incendie, en responsabilité parentale, en normes de construction, en éducation défaillante. Les mêmes sans doute qui nous expliquaient le COVID hier, mélangent aujourd'hui politique, sécurité, morale et construction dans un brouet infâme où tout se vaut et où chacun détient sa vérité. Chacun y va de son commentaire, de sa sentence définitive. L'ignominie court plus vite que le deuil.

Les médias poubelles, BFMTV en tête et d'autres chaînes d'information en continu, ont harcelé les passants près des mémoriaux improvisés, avides de larmes à filmer, de sanglots à diffuser en boucle. Sur les écrans, la curée se dispute nos morts encore chauds.

La liberté d'expression est un pilier de nos démocraties, et je la défendrai toujours. Mais elle n'autorise pas à juger pendant que d'autres font le travail. Les autorités suisses accomplissent un travail important pour établir la vérité : la procureure générale et le ministère public, les enquêteurs, les secouristes. Laissons-les faire. La liberté d'expression s'accompagne d'une responsabilité : respecter le temps du deuil, de l'enquête et ne pas transformer chaque tragédie en arène pour nos opinions. Une démocratie vivante, c'est aussi savoir se taire quand la dignité l'exige.

Voilà où nous en sommes. Une espèce capable du meilleur et du pire, souvent simultanément. Capable de se surpasser pour sauver des vies et tout aussi capable de piétiner la dignité des mourants et des familles endeuillées pour vendre du papier, collecter des likes et assouvir un audimat vorace. Insatiable de tragédies à commenter depuis son canapé.

Au-delà de nos frontières, des messages, des pensées, des gestes de solidarité sont pourtant arrivés. Parce que la perte d'enfants, la violence absurde, le deuil collectif parlent une langue universelle. Dans ces élans venus d'ailleurs, je veux croire que subsiste quelque chose de plus grand que nos replis, nos écrans et nos jugements : une humanité capable de reconnaître la douleur de l'autre, où qu'elle frappe.

Ma photo d'espoir s'est éteinte dans cette nuit du premier janvier. Le brouillard a tout avalé. Cette année débute dans l'effroi et la colère, dans le dégoût aussi devant tant de bêtise crasse déversée sur la douleur.

Le 9 janvier, la Suisse observera une journée de deuil national. Le pays entier s'arrêtera pour pleurer ses enfants. Et peut-être que ma colère et ma tristesse infinie pourront enfin s'apaiser. Et peut-être aussi que ce jour-là, les experts de tout et de rien se tairont.

Aujourd'hui, je ne sais plus quoi nous souhaiter, sinon d'habiter notre humanité avec bienveillance, respect et dignité. Du courage pour ceux qui vivent ce cauchemar. De la décence pour tous les autres. Et peut-être, au fond de cette nuit, la promesse fragile que nous saurons encore distinguer ce qui compte vraiment : le silence de ceux qui agissent face au vacarme de ceux qui jugent.

Dans toutes ces ténèbres, j'espère qu'une lueur subsistera pour consoler les éplorés. Une clarté fragile mais tenace, celle qui naît des mains tendues, des présences silencieuses, de toutes ces petites lumières humaines qui refusent de s'éteindre. C'est pour cela que je garde cette image ensoleillée pour ouvrir mon année 2026, notre année 2026. Qu'elle soit porteuse d'humanité. 

Merci.




Dédé@Janvier 2026

26 commentaires:

  1. Coucou Dédé.
    Oui: Bien triste fin d'année pour ton pays...
    Je n'ai pas de mot pour exprimer mon ressenti !
    Malgré tout je te souhaite que 2026 t’apporteras bonheur et félicitée.
    Un bon rétablissement à toutes les victimes ...

    RépondreSupprimer
  2. Bonjour Dédé
    Moi aussi je suis dévasté par ce dramatique fait divers mais je ne sais pas m'exprimer aussi bien que toi.....
    J'approuve l'intégralité de ton texte et j'apporte tout mon soutien aux personnes touchées par ce terrible accident.

    RépondreSupprimer
  3. Bonjour chère Valaisanne. La tristesse m'a envahi le 1er janvier au matin, elle m'a emporté plus tard à la lecture des commentaires sur les réseaux sociaux ou à la façon dont certains médias (BFMTV en tête) se permettent de rapporter les faits et de juger. Les experts en tout se sont prononcés, les juges sans connaissance condamnent ... Oui, quelle tristesse d'oublier celles et ceux qui ont perdu leur vie et plus encore les familles qui devront survivre à la perte de leur frère, sœur, enfant. Bises savoyardes

    RépondreSupprimer
  4. Dédé :
    c'est terrible ! Vous le dites d'une manière si belle, si triste, si approfondie, si vraie que signe votre récit de colère et de peine.
    Malheureusement il n'y aura plus d'espoir pour ces familles rompues.
    Merci pour votre déclaration et votre belle photo.
    J'adore l'effet du soleil.
    Salu2.

    RépondreSupprimer
  5. Bonjour Dédé,
    Face à une catastrophe pareille, on ne peut que compatir à la détresse des familles, à la souffrance des blessés.
    Je te souhaite malgré tout d'accepter nos voeux de bonheur.

    RépondreSupprimer
  6. Tu as tout très bien dit et je crois qu'il n'y a rien à ajouter........ Et pourtant le soleil sera toujours là où on ne l'attend peut-être pas.

    RépondreSupprimer
  7. Jolie narration, joli hommage... Je m'abstiendrais de réagir pour le reste, excepté ceci : dans les ténèbres, la moindre étincelle prend l'ampleur d'un soleil. Cordialement.

    RépondreSupprimer
  8. Solidaire en tous points à ton texte. Je n'ajoute rien d'autre que ma compassion pour les familles endeuillées. Je suis bouleversé.

    RépondreSupprimer
  9. Je suis en tout point d'accord avec ton texte, comme toi écœurée par les "médias"... Devant un tel drame sachons garder un silence respectueux pour les victimes, leur famille et tous ceux qui mettent tout en œuvre pour soigner les survivants... Je regarde ta photo : l'éclat de ce soleil d'espoir fera j'espère fondre les nuages sur cette vallée de larmes qu'est devenu notre monde et apportera chaleur, paix et amour à notre humanité tout entière...

    Chanson de Starmania pour nos enfants et petits enfants (extrait):

    "On vous souhaite tout le bonheur du monde
    Et que quelqu'un vous tende la main
    Que votre chemin évite les bombes
    Qu'il mène vers de calmes jardins

    Que votre soleil éclaircisse l'ombre
    Qu'il brille d'amour au quotidien

    On vous souhaite tout le bonheur du monde
    Pour aujourd'hui, comme pour demain "


    RépondreSupprimer
  10. Coucou Dédé,
    C'est un drame terrible qui s'est produit. C'est abominable.
    Eh oui, il y a toujours dans ce genre de situations des gens qui apportent leur soutien et ceux qui déversent leur fiel. Et cela se révèle dans toutes situations.
    Quant aux journalistes photographes, ils courent après la photo sensation, ils sont effroyables. Ils connaissent bien les conséquences de leurs comportements délétères, mais ils continuent et pourtant, ils en pourrissent des vies ! Plus rien ne m'étonne les concernant.
    Ceux des plateaux TV, il faut qu'ils parlent, qu'ils fassent de l'audience, même sans rien savoir (La Covid en a en effet été un bel exemple) et sur lequel il n'y a donc forcément encore rien à dire. Mais on envisage, on décortique ce qu'on ne sait pourtant pas... Et je ne parle pas des chaînes "poubelles".
    Ces comportements dont tu parles dans ton quatrième paragraphe et dans les suivants ne sont pas du jugement (juger, c'est réfléchir, et c'est plutôt sain d'avoir un esprit critique, d'autant que comme toi je défends la liberté d'expression). Là il s'agit de condamner sans juger justement, à l'emporte pièce. "Les autorités suisses accomplissent un travail exemplaire pour établir la vérité" dis-tu, et justement eux vont juger, estimer, évaluer, mais sur quelque chose de solide.
    Crois tu que ceux qui sont capables du meilleur sont les mêmes que ceux qui sont capables du pire ? Ceux qui sont capables du meilleur éprouvent de la compassion naturellement, les autres à mon avis en sont dénués, et c'est là probablement où se joue toute la différence.
    En fait, je n'ai aucun mot qui ait véritablement du sens pour les victimes et leurs familles, juste une énorme boule dans le coeur qui me semble si insignifiante devant leur douleur.
    Je te souhaite tout de même un bonne année 2026, beaucoup de force a ceux qui ont perdu un être cher (parfois plusieurs) et un énorme courage à ceux qui ont de graves blessures.
    Bises.

    RépondreSupprimer
  11. C'est très bien ce que tu as dit Dédé. Je vois que "l'Etat de Vaux" vient de lancer "un appel à la retenue" pour contrer "les rumeurs et informations erronées". Cette retenue est le moins que l'on puisse faire dans une situation aussi dramatique.
    Que 2026 te soit douce....

    RépondreSupprimer
  12. Bonjour Dédé,
    C'est horrible ce qui s'est passé... On sanctionnera sans doute les responsables de négligences mais cela ne ressuscitera personne!
    Mais, comme toi, je veux espérer en l'humanité et la solidarité de nombreuses personnes.
    Je te souhaite la meilleure année 2026 possible!
    Bises.
    Mo

    RépondreSupprimer
  13. Merci pour cette image très belle et pour ces mots si justes, Dédé!
    Malgré les petits souhaits, les quelques images que nous avons envoyé pour souhaiter le Nouvel An, nous sentons bien que trop c'est trop !
    Trop d'inhumanité, de cruauté, d'inconscience, d'horreur, d'égocentrisme, de médiocrité !
    Et aussi dans le monde entier les démons agissent !
    En fait ces jours ci je ne me sens pas bien du tout, je trouve que la route est trop difficile, amère, désespérante...
    Je t'embrasse Dédé, il est bon de nous soutenir même si...

    RépondreSupprimer
  14. "Savoure ainsi chaque instant tel un dernier hommage...." Ces mots sur ton bandeau étaient prémonitoires. Silence, respect, compassion. La vie sait se montrer cruelle, elle sera dure à affronter à ceux qui ont été blessés, à ceux qui ont perdu des proches, qui ont été témoins. Heureusement tu es là, chère valaisanne avec tes yeux grands ouverts sur la beauté et tes mots pour la dire. Que ta montagne t'accompagne et te console

    RépondreSupprimer
  15. oui beaucoup de solidarité, chez nous aussi des hôtels et maisons d'hôte ont proposé de loger gratuitement les familles des blessés soignés dans nos hôpitaux et bien sûr beaucoup de bêtises sur les réseaux sociaux dont souvent je me dis résolument que je n'irai plus les lire... et puis parfois on lit quand même.
    Je crois que la Suisse, les Suisses, se comportent avec beaucoup de dignité dans ces circonstances
    Je t'embrasse

    RépondreSupprimer
  16. bonsoir Dédé , magnifique ta photo et : Le brouillard noyait la plaine tandis que les sommets s'illuminaient au soleil levant ! que c'est beau ...
    et alors ça c'est terrible ce qui s'est passé ???? dur dur pour les familles et tous ces jeunes qui avaient la vie devant eux ?? je n'ai pas de mots tellement c'est injuste ???? une pensée pour eux et leurs familles !! merci ... , gros bisous belle année quand même pour toi et ta famille , la santé et +++ a+

    RépondreSupprimer
  17. Juste merci.
    Ta colère est justifiée, ton souhait de respect partagé.
    Je t’embrasse.

    RépondreSupprimer
  18. magnifique photo... elle me fait penser à ces personnes disparues... je veux croire qu elles vont vers la lumière... par contre mon cœur saigne pour les grands brulés... une telle épreuve... c est horrible... quand aux réactions je ne les écoute même plus... que dire de ce monde perdu... je t embrasse ma douce

    RépondreSupprimer
  19. Tu dis très bien la schizophrénie de notre engeance, capable du pire comme du meilleur...
    J'espère que tu parviendras à surmonter cette épreuve, mais il faudra du temps au temps, comme à chaque fois.
    Je te souhaite quand même une douce et belle année, ma chère frangine du sud.
    Le monde a toujours été fou, ça ne date pas d'hier. Aujourd'hui, la différence, c'est qu'on le sait, tout le temps, et partout...
    Il est bon, de temps en temps, de protéger ses yeux et ses oreilles de cette boue.
    Paix à l'âme des jeunes victimes qui fêtaient tranquillement le nouvel An.
    Je t'embrasse
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

    RépondreSupprimer
  20. "Aujourd'hui, je ne sais plus quoi nous souhaiter..."

    Nous souhaiter davantage de sagesse, du vivre ensemble, de l'écoute, de la bienveillance, du partage. Moins de narcissisme, scoop et virtuel.
    De toute cœur avec les familles touchées par cette effroyable drame et les nombreux blessés.
    Merci Dédé




    RépondreSupprimer
  21. Merci pour ces mots si justes qui expriment parfaitement mon ressenti.
    La douleur face à cette tragédie est immense et nous laisse hébétés.
    Et comme toi je suis horrifiée par tout ce qui s'écrit sur les réseaux.
    Tes vœux pour plus d'humanité, de bienveillance et de dignité, je les prends et m'y associe de tout cœur!
    Bises!

    RépondreSupprimer
  22. Merci pour ces mots qui me touchent beaucoup et expriment parfaitement mon ressenti.
    La douleur face à cette tragédie est immense et nous laisse hébétés.
    Et comme toi je suis horrifiée par tout ce qui se dit et s'écrit sur les réseaux.
    Tes vœux pour plus d'humanité, de bienveillance et de dignité, je les fais miens et les partage de tout cœur.
    Bises!

    RépondreSupprimer
  23. Quelle justesse dans tes mots, Dédé ! Il n'y a rien à ajouter.

    Si, te souhaiter d'être et de rester dans un cercle de bienveillance, de vaillance à donner et à recevoir en 2026 !
    La vie a besoin de bon et de bien pour perdurer, soyons des passeurs
    Tu nous transmets la beauté en images et la justesse de pensée en mots.
    Merci !
    Bonne Année 2026 à toi et à tes proches !

    RépondreSupprimer
  24. C'est bien que tu ouvres ta page aujourd'hui avec ces mots. La peur est au ventre de chacun d'entre nous attisée , comme tu le dis, par les médias et, lorsqu'un drame comme celui ci se produit, les rapaces sont là pour se surpasser, sans aucun respect.
    Dédé, bien sûr je t'adresse mes voeux pour 2026 rende visible la bonté, la solidarité, l'amour; pour retrouver ce qui devrait être en chacun de nous, pour le transmettre, et communiquer la fraternité et la chaleur simple.

    RépondreSupprimer
  25. Bonsoir Dédé
    Quelle terrible tragédie ! Tu en parles avec des mots justes et profonds.
    Ta photo lumineuse illustre parfaitement ton message d’espoir et d’humanité.
    Miss Yves

    RépondreSupprimer
  26. Personnellement je ne vais pas sur les réseaux dits sociaux.
    Les blogs me semblent d’une meilleure tenue et sociabilité
    Miss y

    RépondreSupprimer