vendredi 30 octobre 2026

Avant les neiges




Une branche a bougé. Il n'y avait pas de vent, pas un souffle, rien que cette brume immobile accrochée aux cimes. Pourtant une branche a bougé.

Je connais les forêts. Je sais ce qui s’y déplace et ce qui s’y tait. Je sais le pas des biches, le labeur des écureuils, le travail des oiseaux dans les aiguilles. Ceci n’était rien de tout cela.

C’était plus léger. Cela frôlait les troncs sans les toucher tout à fait, cela montait le long du sentier devant moi, et chaque fois que je m’arrêtais pour écouter, la forêt redevenait muette.

Je n’ai pas eu peur. On n’a pas peur de ce qu’on a toujours connu.

Alors j’ai suivi. Le chemin s’est fait plus pâle, les épicéas sont devenus des silhouettes, les silhouettes sont devenues des esquisses. Les bouleaux lâchaient leurs feuilles sans un bruit, une à une, tout doucement. L’automne n’a pas d’heures. Il a seulement cette odeur de mousse mouillée, ce froid qui monte des pierres et cette lumière laiteuse ne projetant aucune ombre.

Je marchais et je me défaisais. Un peu de ce qui m’encombrait restait à chaque pas sur les fougères et je ne cherchais pas à le reprendre.

À un moment, j’ai cessé de savoir où j’étais. Un peu plus tard, j’ai cessé de vouloir le savoir.

C’est doux de se perdre dans l’automne. Cela ne fait pas mal du tout. On s’allège, on s’efface, on devient à son tour une suggestion entre les troncs et la forêt vous accueille sans faire de bruit.

L’esprit de la forêt doit être encore là-haut, quelque part dans la brume, entre les troncs des sapins.

Qu’on ne me cherche pas avant les neiges.


Dédé@Octobre 2026


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire