Le sage m'avait pourtant dit que la mer et le ciel pourraient toujours se réconcilier, comme la vie et la mort.
Mais ce jour-là, la tristesse venait de la mer, comme une traînée bleue, lancinante, perturbante. Elle dansait dans les vagues minuscules et contemplait le ciel chargé de lourdes menaces. J'ai dû faire un effort presque surhumain pour me rappeler les cris joyeux des enfants sur la plage le jour précédent, occupés à construire les plus beaux châteaux de toute leur vie, sans vraiment en avoir conscience.
Aujourd'hui, les fières bâtisses avaient disparu, perdues à jamais dans les entrailles du rivage, comme bien des rêves de cette humanité. Alors pour les remplacer, pour recréer la magie d'antan et contrer cette ambiance pesante, j'ai saisi une poignée de sable et façonné des personnages imaginaires, avec des cheveux d'algues et des yeux de coquillages. Je leur ai dessiné des sourires pétillants pour qu'ils soient heureux, même dans la tourmente.
L'avenir m'a paru moins sombre quand les gouttes d'eau se sont précipitées sur la mer. Et la vase dans laquelle je m'enfonçais imperceptiblement est devenue comme une douce caresse. Car là-bas, au-dessus des deux frères rocheux qui me regardaient, l'éclaircie pointait timidement dans tout ce bleu halluciné.
Dédé © Juin 2022



