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vendredi 25 mai 2018

La Villa italienne

Villa Panza, Varese, Italie


Se contemplant dans son miroir, la Villa se demandait si elle était la plus belle. 

Pendant cette réflexion, les meubles à l’intérieur se regardaient et se jaugeaient, cherchant à capter le regard des quelques visiteurs. Des sculptures africaines paradaient au milieu d’un mobilier éclectique et des tableaux monochromes d’artistes américains laissaient le spectateur perplexe. Et dans ce couloir étrange, illuminé par des couleurs étonnantes, Dan Flavin, artiste minimaliste, s’était amusé à créer une ambiance digne d’un film de science-fiction. 

Je crois que j’ai été heureuse de sortir dans les jardins et de retrouver ma réalité.


Villa Panza, Varese, Italie


Dédé © Mai 2018

vendredi 23 mars 2018

Pile ou face

Bergamo, Italie




Envahie de neige, de pensées sombres, d’incertitude quant à l’avenir, il me fallait quitter ce quotidien presque monochrome et reprendre le chemin de la découverte.
  
Pile ou face. On dit que le Sud est plus doux que le Nord à cette saison, lumineux sur les façades des vieilles demeures, joyeux dans les ruelles et silencieux dans les églises. Franchissant alors la barrière des Alpes, encore immaculée en cet hiver sans fin, j’ai atteint les rayons de l’astre solaire qui rend les soucis presque légers. Vagabondant dans les petites rues de la ville haute, j’ai senti le pouls des vieux bâtiments respirant dans un espace intemporel et ma balade a entamé une partition guillerette. Devant cette église, sous un porche majestueux, un vieil homme m’a souri, hochant la tête comme pour me dire que la vie est belle, même au plus profond de mon hiver alpin. Et dans sa solitude, entouré seulement des lions de marbre, il a rempli la ruelle d’une simplissime joie de vivre.

Pile ou face. Le contraste était saisissant entre les deux façades de la même église. Le vieux savait pourtant qu’il avait choisi le meilleur endroit pour s’immerger dans le temps et laisser libre cours à son imagination alors que de l’autre côté, le brouhaha des passants remplissait jusqu’au plus petites alcôves gothiques du frontispice.

Sur la place principale, les terrasses étaient encombrées, seul jour de la semaine où il était possible de déguster un espresso forte le visage éclaboussé de soleil. En brassant délicatement la mousse du café, j’ai savouré avec délectation cette langue chantante qui planait et circulait entre les tables joyeuses. Les adolescents, agglutinés autour de la fontaine, donnaient l’impression que le temps était à l’école buissonnière pour tout le monde sur la place et que l’éternité s’étalait au-dessus des églises et des palais de la ville haute. Une envie subite d’écrire une missive, chantant les grands peintres du Quattrocento, la beauté de la Madone sur la peinture dans l’église là-bas et ce vieillard souriant à la vie en attendant calmement la mort me saisit. Et contemplant le grand escalier en bois qui menait dans un palais oublié, j’inscrivis dans mon cœur la joie, religieuse et métaphysique, comme une empreinte ineffable.

Le lendemain, dans le musée célébrant Raffaelo, la lumière s’étalait sur les tableaux, illuminant des visages harmonieux, comme frappés d’une élégance céleste. La beauté transperçait les toiles et le temps pour atteindre le cœur du spectateur, ébloui par ces visages impassibles depuis des siècles. Promesse de bonheur, cette grâce frappait au cœur, passant d’un visiteur à l’autre, jaillissant ici et là, caressant les âmes afin de les rendre plus lumineuses.

Pile ou face. Après une brève journée ensoleillée qui avait donné l’espoir d’un printemps à la Botticelli, le froid régnait à nouveau au-dehors et la pluie martelait les pavés lassés de ce déluge. Mars s’empêtrait encore dans cet hiver finissant, hésitant à avancer vers la lumière. Recroquevillé entre les demeures détrempées, il clamait aux passants pressés que c’était l’hiver le meneur du bal et qu’il n’avait pas dit son dernier mot. Même le bord du lac, plus au Nord, avait des allures de fjords norvégiens, estompé par des rideaux de giboulées impatientes.

De retour devant les remparts de la ville haute, j’ai franchi la porte blanche dans une tornade de vent et de pluie battante. Sur la place entre les édifices altiers, la valse des parapluies mettait de la couleur sur le dallage glacé. Mais de l’autre côté, les lions attendaient vainement le petit vieux, sans doute resté au chaud à compter les tourterelles sur le bord de sa fenêtre.    

Bergamo attendait aussi le printemps alors que je voulais l’y trouver désespérément afin d’effacer mon hiver. Mais malgré ces nuages bas et sombres qui avaient vite englouti le soleil, un sentiment fugace m’a traversée durant ce séjour italien.

Dans le dédale des ruelles, des musées, des palais, ici ou ailleurs, au Sud, au Nord, en montagne ou en plaine, à pile ou face, je suis et reste une particule de quelque chose qui me dépasse. L’être humain peint, construit, chante, compose, déclame des vers à l’amour éternel, et cela depuis la nuit des temps. Et certaines de ces œuvres qui traversent les siècles provoquent chez moi un bouleversement d’émotions, capables le temps de la contemplation de donner un sens à cette absurde aventure qu’on appelle pompeusement la Vie. 




Bergamo, Italie

Dédé © Mars 2018

vendredi 19 mai 2017

Rêve italien

Ravello, Côte Amalfitaine, Italie


Laisse-moi te raconter l’Italie, ses monuments si beaux qui traversent les temps, ses ruelles étroites où les vêtements sèchent au soleil à toutes les fenêtres, ses côtes altières où les montagnes se marient avec les flots bleus, ses citronniers chargés de fruits lumineux et ses tomates si juteuses qu’on dirait qu’elles ont poussé au paradis. Laisse-moi te conter le bruit de la mer, le soleil généreux qui, dès le printemps revenu, inonde la terre de ses chauds rayons amoureux et les éclats de rire des vieux qui jacassent à l’ombre des clochers. Laisse-moi te verser ces vins si capiteux qui embrouilleront ton esprit d’une douce langueur et faire fondre sur ta langue ces fruits gorgés de lumière. Laisse-moi te dépeindre le faste des palais baroques surplombant l’infini et les jardins suspendus au-dessus des falaises dans lesquelles virevoltent les fleurs et où ploient légèrement les arbres sous la tendre caresse du vent. 

Laisse-moi te décrire cette douceur italienne en te prenant la main, en écrivant des arcs de feux sur ton corps, en captant la lumière de tes yeux entre mes doigts impatients. Laisse-moi t’aimer en italien, dans cette chambre qui donne sur la mer et devant laquelle les mouettes tournoient majestueusement dans les volutes du soir. 

Tu es mon point d’ancrage et moi ta permanence. Ton monde envahit le mien et nous créerons un univers magique qui n’appartiendra qu’à nous deux. 

Il neigera en été, de doux flocons qui nous rafraîchiront un court instant quand la chaleur sera trop intense. Les temples secrets ouvriront leurs portails massifs et nous nous y cacherons pour investir de notre ardeur toutes les alcôves. Les oiseaux chanteront des symphonies classiques que nous reprendrons en riant tous les petits matins. Et sous chacun de nos pas jailliront des fleurs multicolores qui éclaireront tous les chemins empruntés. Les arcs-en-ciel seront immenses après les orages qui désaltéreront les corps après nos nuits torrides et les étoiles du ciel brilleront comme des rubis que tu déposeras en couronne sur mes cheveux. 

Mon amour, laisse-moi donner vie à tous nos rêves plutôt que de passer notre vie à rêver.  



Ravello, Côte Amalfitaine, Italie
Dédé © Mai 2017