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vendredi 16 octobre 2020

Au-dessus du Tout

 

Wildspitze, Autriche

 Un paysage montagneux, c’est tellement de choses. Une rivière bondissante, un alpage résonnant des sonnailles, une forêt dense de sapins, un chalet esseulé accroché à la pente, un bouquetin bondissant et une délicate fleur qui lutte de toutes ses forces contre les premières neiges tombées toujours trop tôt. Et puis, quand vous avez admiré tout cela et plus encore, quand vos yeux croient avoir saisi tout le caractère rugueux de la vie alpestre, quand vous pensez avoir compris le langage des marmottes espiègles et saisi les nuances subtiles du chant des rapaces, il vous reste pourtant à découvrir le stade ultime, là où l’homme n’est plus rien car ses poumons manquent d’oxygène, là où règne l’aigle en maître unique sur une immensité glacée que rien ne peut troubler, pas même le souffle du vent.

Votre regard s’élève alors vers des sommets qui n’ont presque plus rien de terrestres, se retranchant déjà dans l’inaccessible, enveloppés dans un bleu azur que la mer n’a jamais connu.

Bien peu savent voir l’invisible et entendre le silence dans ce grandiose spectacle.

La montagne nous enseigne la modestie. En effet, alors que nous disparaîtrons, elle restera toujours là, impassible et altière, au-dessus du Tout. A ceux qui savent se faire petit, elle révèle l’altitude et la plénitude de la liberté.

Ce jour-là, le silence était assourdissant de beauté. Et nos cœurs heureux battaient à l’unisson dans le blanc, dans le bleu. Nous avions fait le tour de la terre et de nos rêves, emportés par la pureté de cette sublime vision. 

 

 Dédé © Octobre 2020

vendredi 8 juin 2018

L'orage



L’air était empreint d’une tension palpable qui laissait les hommes nerveux, dans l’attente impatiente de quelque chose qui tardait pourtant à venir. S’accumulant dans le ciel, les nuages sombres filtraient encore un peu de la lumière de l’astre solaire mais on sentait qu’un vent impétueux allait balayer d’un revers de main les bois encore tranquilles. 
 
Je regardais les fleurs des champs qui dodelinaient de la tête, peu conscientes encore de la tempête qui se préparait. Elles me rappelaient ces années d’insouciance heureuse, lorsque je n’avais qu’à caresser le tronc des arbres de la forêt magique sans imaginer qu’un jour ils pourraient se craqueler, trop vieux pour supporter encore le poids des ans.
 
En peu de temps, le ciel a pris une teinte noirâtre, rendant la scène opaque et angoissante. Un souffle fulgurant a surgi de nulle part, emportant sur son passage les quelques oiseaux téméraires. Rugissant des entrailles de la terre, un grondement a rempli l’atmosphère et des rideaux de pluie ont jailli de ce plafond lugubre, noyant les sommets dans un tourbillon erratique.
 
Il n’y avait plus rien à dire, comme quand les hommes fâchés ne peuvent plus prononcer un seul mot, dans ces disputes violentes conduisant à un pesant silence. Le seul moyen d’en réchapper était d’attendre et de contempler, avec l’espoir que le calme reviendrait rapidement.
 
Et mes pensées ruisselantes, de celles qui m’envahissent parfois, m’ont fait tanguer dans les bourrasques.
 
A ce moment-là, j’aurais voulu avoir à nouveau huit ans, retrouver mon âme d’enfant et le grand sapin, celui qui avait accueilli tant de mes chagrins lorsque j’allais le retrouver en cachette. 
 
Il a plu longtemps ce soir-là.


Dédé © Juin 2018

vendredi 21 juillet 2017

Espoir





Le coup a été si violent qu’il faudra du temps pour m’en remettre et surmonter tous les obstacles. Mais j’ai foi en cette force qui peut faire qu’un être humain, malgré l’épreuve, continue de vivre et d’œuvrer pour des lendemains meilleurs. Cette volonté pousse les choses à naître, à grandir et à s’épanouir, même dans l’adversité.

Je songe au nombre de fois durant ces derniers mois où j’ai vu la beauté, la fragilité et la grâce étouffées et bafouées par des mauvaises pousses. 

Aujourd’hui, je marche dans cette montagne, dans ce grandiose silence et je poursuis mon chemin. J’ai l’impression que mon cœur est dans mes mains, plus que dans ma poitrine. Meurtri, je le transporte avec d’infinies précautions, comme si j’étais la messagère de ce qui se passe au fond de moi. Et toi tu te retournes parfois, veillant à la sûreté de mes pas, présent et aimant. 

Je ne le sens que confusément encore. Mais je crois que je serai, toute ma vie durant, plus riche et transformée de cette épreuve et de ce chagrin. 

Mais maintenant, je ne fais qu’avancer, sans trop savoir quelle sera ma destination. 

Il y a un temps pour tout.


Dédé © Juillet 2017

vendredi 23 juin 2017

La montagne


Col du Grand Saint-Bernard, Valais, Suisse


S’éloigner peu à peu de la plaine, suivre la route de la vallée puis se taire devant l’immensité de ce qui est offert au regard. S’imprégner alors silencieusement de ces tableaux si divers et colorés que la montagne nous offre : la course des nuages se mirant dans les lacs profonds, les senteurs de l’écume florale qui tangue dans la brise, le murmure du vent s’engouffrant dans les feuillages et le chant joyeux du torrent qui dévale somptueusement la pente.

Puis le calme s’insinue en nous alors que les oiseaux continuent à se conter des histoires de fleurs graciles et d’insectes appétissants. Et devant la grandeur du paysage et la petitesse de notre condition humaine, nous restons seuls face à la montagne qui nous envahit entièrement. 

Devenir minuscule car ce qui s’étale tout autour nous dépasse. 

Une douce sérénité remplit alors les entrailles, libérant les poumons et chassant les angoisses qui se sont installées peu à peu dans notre esprit. Et se dire enfin que les obstacles qui envahissent notre chemin ne sont rien face à la grandeur de la montagne.

Finalement, tout passe. Vous devenez la montagne, forte et belle, invincible et fière. Et les arbres se pressent sur vos premiers contreforts, vous offrant avec générosité leurs feuillages d’un vert tendre, le chamois et le bouquetin vous sillonnent avec grâce, museau et bois au vent et les nuages se blottissent sur vos flancs, vous caressant tendrement de leurs doigts ouatés.

Finir par redescendre et prendre par la main ceux qui ont aussi envie de faire l’ascension et contempler le monde d’en haut, en toute quiétude.

L’aventure de toute une vie. La montagne, c’est la vie, comme une quête de dépassement de soi et de cheminement intérieur afin d'atteindre le sommet de notre existence. 

(Texte inspiré de « Où tu vas, tu es », de Jon KABAT-ZINN)

Dédicaces spéciales à Dad, pour tout ce que ses écrits et photos m’inspirent. Et à Elisa qui, grâce à son blog, m'emmène souvent en montagne en compagnie de C., de ses demoiselles blanches et des marmottes.  


Petite information technique:  
Vous pouvez dès à présent vous inscrire par mail à la newsletter qui se trouve dans le widget situé tout à droite de ma page. J'espère que cela va fonctionner. Bises alpines rafraîchissantes.



Quelque part en montagne, Italie

Dédé © Juin 2017


vendredi 16 juin 2017

Echarpe colorée





Sous le ciel d'été
Les gouttes d’eau s’évaporent
Arc-en-ciel joyeux



Dédé © Juin 2017