A ces habits qui ont encombré nos bagages et qui n’ont servi à rien
A ces valises qui ont voulu faire le tour du monde sans nous
A l’inventeur du décalage horaire
A celles et ceux qui applaudissent encore lors de l’atterrissage
A ce douanier trop zélé qui a mis la pagaille dans notre valise
A cet adapteur de prise qu’on a oublié d’embarquer
A toutes ces routes qui ne mènent nulle part et qui ne figurent pas sur la carte
Au bus 326 qui ne circule que tous les trois jours et qui vient de partir sous notre nez
A ceux qui roulent du mauvais côté
Au Pôle Nord, au Pôle Sud et aux Polynésiens
A toutes ces photos qu’on ne triera jamais
A ces cartes postales qu’on n’écrira jamais
A Llanfairpwllgwyngyllgogerychwyrndrobwllllantysiliogogogoch dans le pays de Galles et à Taumatawhakatangihangakoauauotamateaturipukakapikimaungahoronukupokaiwhenuakitanatahu en Nouvelle-Zélande
A ce chauffeur de taxi qui nous a fait prendre le raccourci le plus long du monde
A cette chambre d’hôtel si mal insonorisée
A ces
alcools locaux qui nous ont arraché la gorge et nous ont mis la tête à l’envers
Aux 40ème
rugissants, aux 50ème hurlants et au pays du matin calmeA ces langues qu’on ne comprendra jamais
A ces sourires rencontrés et à ces mains serrées
A tous les enfants joyeux qui voulaient être dans la boîte à images
A tous les châteaux, même ceux qui sont hantés
A ces ruines qui ont traversé les siècles et qui nous racontent encore tant d’histoires
Aux guides érudits et aux autres charlatans
A ces paysages qu’on ne voudrait jamais oublier
A ces vieilles chaussures de randonnée toutes défigurées
A mes tongues qui réclament de partir encore au soleil
A ta main qui a tenu la mienne dans nos périlleuses randonnées
A ces
moments que l’on voudrait éternels et qui nous font oublier que demain c’est le
jour du retour
A toi, à moi, à nous et à tous les voyages qu’il nous reste à faire ici ou là-bas
Dédé © Octobre 2018